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Ce blog est un espace de liberté destiné à ceux qui souhaitent exprimer leurs idées sur la participation des réservistes à la défense de la France et de l'Europe. Ces idées peuvent être générales ou très concrètes. J'écrirai sur des sujets comme l'emploi des unités de réserve (UIR et USR), la tactique, la défense du territoire.
Toutes les idées sont donc les bienvenues, à la condition qu'elles respectent les valeurs fondamentales des armées de la république: neutralité politique, religieuse et tolérance. Il est de plus bien évident que le respect, la correction des propos sont de rigueur dans les commentaires.
Pour être plus clair, les bloggeurs qui souhaitent perpétuer des guerres de boutons au delà de la plaisanterie de popote (fantassins contre cavaliers, terriens contre aviateurs etc.), les tenants de la lutte des classes militaires (les militaires du rangs contre les sous-officiers, les sous-officiers contre les officiers), les militaires d'active qui n'aiment pas les réservistes et vice-versa, les antimilitaristes primaires, sont invités à passer leur chemin.
De toute manière, les commentaires n'apparaissent qu'après modération.
Toutes les idées sont donc les bienvenues, à la condition qu'elles respectent les valeurs fondamentales des armées de la république: neutralité politique, religieuse et tolérance. Il est de plus bien évident que le respect, la correction des propos sont de rigueur dans les commentaires.
Pour être plus clair, les bloggeurs qui souhaitent perpétuer des guerres de boutons au delà de la plaisanterie de popote (fantassins contre cavaliers, terriens contre aviateurs etc.), les tenants de la lutte des classes militaires (les militaires du rangs contre les sous-officiers, les sous-officiers contre les officiers), les militaires d'active qui n'aiment pas les réservistes et vice-versa, les antimilitaristes primaires, sont invités à passer leur chemin.
De toute manière, les commentaires n'apparaissent qu'après modération.
lundi 6 juin 2016
vendredi 16 avril 2010
POUR UNE NOUVELLE RESERVE OPERATIONNELLE
Je mets en ligne ci dessous un article signé de ma main, que le bulletin de la réunion des ORSEM me fait l'honneur de publier dans son numéro 648, qui vient d'être publié.
Pour l'anecdote, les cahiers du CESAT étaient prêts à publier cet article, mais expurgé de son paragraphe sur l'équipement des UIR, jugé "dérangeant". Dont acte. Réservistes, contentez vous de ce que vous avez...
Depuis plus de 10 ans, la réserve opérationnelle – amalgame de cadres issus du contingent, de personnels ex-CCT ou issus du civil – a démontré la pertinence du concept de mixité avec les forces d’active. Néanmoins, il subsiste des marges de progression dans de nombreux domaines.
Par ailleurs, la réduction de format des armées, le durcissement des conflits et l’instabilité du monde rendent plus que jamais nécessaire l’existence de forces de réserve performantes et disponibles ; d’autant plus que le contrat opérationnel des armées sur le territoire national ne pourra pas être honoré en permanence par les forces d’active.
La réforme de notre outil de défense pourrait faire passer au second plan les préoccupations touchant à la réserve opérationnelle. Si cela se produisait, la France mettrait probablement de longues années avant de retrouver une capacité significative en la matière.
Il faut donc préparer dès aujourd’hui la réserve opérationnelle de demain, en imaginant ce qu’elle pourrait être, sous forme d’une revue de contrat portant sur la place de la réserve, la doctrine d’emploi, les structures, l’entraînement, la formation des personnels et l’équipement des unités.
De la place de la réserve opérationnelle dans le dispositif de défense.
Pour légitimer l’existence d’une réserve opérationnelle, il est indispensable de définir sa place dans le dispositif de défense de la France.
En effet, c’est en lui fixant un rôle, en reconnaissant son impérieuse nécessité au sein d’une stratégie d’ensemble, que la nation toute entière acceptera les contraintes découlant de la préparation de cette force. Il en fut ainsi de l’arme atomique, reconnue comme nécessaire grâce aux concepts de dissuasion nucléaire développés dans les premières années de la Vème république.
Dans ce cadre, trois rôles principaux sont envisageables :
• Constituer une force de recours en tous temps, en permettant aux armées de faire face à des besoins exceptionnels ou particuliers, temporairement et avec un maximum de souplesse.
• Participer à la dissuasion conventionnelle et faciliter la réaction à une surprise stratégique, en augmentant le potentiel opérationnel de l’armée de terre à hauteur de 78 unités élémentaires au plus, dans des délais rapides.
• Matérialiser la volonté de défense de la nation, en faisant appel, sur la base du volontariat, à des personnels issus de la société civile.
Accessoirement, le rôle pédagogique de la réserve opérationnelle pourrait être reconnu, pour son apport sur l’acquisition de savoirs-être et sur l’apprentissage du commandement.
Ainsi, le rôle des forces de réserve nettement défini et les contraintes qui en découlent acceptées par la nation, la doctrine d’emploi reposerait sur des fondations solides.
De la doctrine d’emploi.
Elle serait articulée autour d’un emploi majeur, d’un emploi secondaire, et d’un emploi transversal.
L’emploi majeur devrait concerner la défense du territoire national sous toutes ses formes (y compris OPINT ). C’est le fondement même de l’existence d’une réserve opérationnelle. Cet emploi majeur recouvre :
• Les missions d’appui à la sécurité générale (VIGIPIRATE).
• Les missions d’aide aux services publics et aux populations.
• Les missions de protection d’infrastructures civiles et militaires.
• Les opérations militaires en et hors du cadre de la DOT .
Ces missions concernent pour l’essentiel les états majors de la chaîne OTIAD, les EMF, les EMTC et les UER .
L’emploi secondaire aurait trait au renfort de forces d’active hors du territoire national. Cette pratique, qui a déjà cours pour les compléments individuels , pourrait – sous conditions – être étendue aux unités élémentaires de réserve. Quelques expériences ont déjà été réalisées ou sont en cours.
L’engagement d’unités de réserve pour des missions simples ou relevant d’un domaine particulier (MICAT , soutien logistique, action civilo-militaire) permettrait de libérer des unités d’active, employables dès lors pour des missions à plus forte valeur ajoutée. Ce type de projection devrait toutefois être limité à des périodes de fortes tensions sur les unités d’active.
Enfin, l’emploi transversal serait basé sur le renfort des structures d’active par des personnels ayant des compétences spécifiques, dont les armées ne disposent pas en temps normal. Il s’agit donc de domaines très variés, allant de la technique (génie civil, bâtiment, agronomie) aux sciences humaines (géographie, sociologie) en passant par les langues rares. Ce type d’emploi concerne essentiellement des cadres servant en état-major.
La doctrine étant dès lors définie clairement autour de ces trois emplois, il devient possible d’imaginer les structures nécessaires.
Des structures
Pour remplir les missions induites par la doctrine d’emploi, il faudra des structures modulaires dissociant les organes de commandement d’une part et les organes d’exécution d’autre part. Dans un souci d’efficience, il conviendrait de ne pas tout bousculer mais à contrario de se servir de ce qui existe, en modifiant en premier lieu la répartition des rôles entre la chaîne OTIAD et les forces.
Ainsi, les EMIAZD , pourraient voir leur mission recentrée autour de la conduite des opérations au niveau de la zone de défense (problèmes de nature plus « opérative »), de la coordination interarmées et de la liaison avec la préfecture de zone.
Les CO de DMD verraient pour leur part leur rôle réduit à celui d’un détachement de liaison entre les préfectures et les unités engagées dans leur département.
Ces dispositions permettraient de recentrer l’entraînement des organismes de la chaîne OTIAD sur leur cœur de métier et valoriseraient leur fonction de spécialistes du contexte local. Elles éviteraient aussi de placer des UER (ou des unités d’active) sous le commandement d’états-majors peu entraînés à l’emploi de forces sur le terrain et n’ayant qu’une faible connaissance des UER.
En compensation, les EMF pourraient créer, avec une partie des réservistes qui leur sont affectés, des états-majors d’intervention. Ces EMI, constituées à raison d’un par EMF, auraient un format proche de celui d’un PC de BIA . Ils auraient la capacité de commander de trois à cinq EMTC. Leurs moyens matériels (AMPC, transmissions) seraient fournis par la BTAC , tant pour l’entraînement que pour l’engagement éventuel.
Les EMTC , issus des états-majors de brigade, auraient vocation à commander un groupement tactique de réserve (GTR), composé d’un nombre variable d’unités élémentaires. Par conséquent, chaque brigade devrait être à même de former un GTR composé, en configuration maximale, de l’EMTC, de 4 à 5 UER (par exemple 3 UIR, 1 USR feux, et 1 USR Génie) et d’un TC2 d’active.
Pour ce qui est des unités élémentaires de réserve, les réformes actuelles, avec notamment la densification des unités à 4 sections, la création d’unités d’artillerie et de génie, vont permettre d’envisager à terme la création de groupements tactiques de réserve. Néanmoins, il est regrettable que l’on ait pas choisi, pour les unités logistiques, un modèle intégrant trois fonctions logistiques (RAV, MEC, SAN), modèle qui aurait été à même de générer un TC2 capable de soutenir un GTR.
Ces structures une fois créées, il restera à concevoir des cycles d’entraînement leur permettant d’atteindre un niveau opérationnel suffisant.
De l’entraînement
Chaque unité ou état-major de réserve doit suivre un entraînement adapté à ses missions. Cet entraînement, basé sur des parcours normés devrait, tout en gardant une nécessaire souplesse, être réalisé sur un cycle de trois ans au plus.
Pour les UIR, le rythme d’entraînement pourrait rester basé sur des périodes d’activité de 2 jours par mois (privilégiant la fin de semaine), complétées par un séjour annuel en camp de 5 jours. Ceci impliquerait un niveau d’activité de 25 à 28 jours par an pour la moyenne des personnels.
La deuxième années du cycle, ce parcours pourrait être complété par un exercice de défense sur le territoire en terrain libre, d’une durée de 3 à 4 jours. Par ailleurs, le cycle d’entrainement pourrait inclure soit une rotation au CEITO (5 jours), soit une rotation au CENTAC . Cela suppose que ces deux organismes conçoivent des stages courts adaptés aux besoins des unités de réserve.
La dernière année du cycle de trois ans serait consacrée à une projection intérieure de type Vigipirate et à sa préparation.
Les USR auraient pour leur part un type de cycle d’entraînement reposant sur deux séjours annuels en camp, de 8 jours chacun. Ceci afin de tenir compte de leur spécialisation. Ces séjours en camp seraient complétés par 5 périodes d’entraînement de deux jours en fin de semaine. Les séjours en camp permettraient la réalisation de l’entraînement non réalisable dans les garnisons : chantiers et tirs d’explosifs pour les sapeurs, écoles à feu pour les artilleurs.
A l’instar des UIR, le parcours pourrait être complété par un exercice de défense sur le territoire lors de la deuxième année du cycle et la troisième année serait consacrée à une projection intérieure.
Les EMTC auraient un parcours d’entraînement voisin de celui d’un PC de GTIA. Pour ce faire, le cycle d’entraînement de l’EMTC pourrait être, au moins partiellement, calqué sur celui de l’un des PC de GTIA (à dominante infanterie) de la brigade. De fait, un système de co-entraînement avec un PC de GTIA d’active, servant de modèle mimétique, serait imaginable. Les deux PC pouvant, par exemple, jouer avec un décalage horaire le même exercice, en bénéficiant de moyens communs.
Le cycle, d’une durée de deux à trois ans, serait clôturé par un exercice de type ANTARES . Cette évaluation, basée sur un thème de défense sur le territoire, verrait l’EMTC commander directement une partie des UIR et USR de sa brigade.
Les EMI pourraient être entraînés comme des PC de brigade. Là encore, le principe de co-entraînement avec le PC d’une brigade est envisageable. Le cycle de 3 ans serait marqué par une passage au CEPC , avec un exercice adapté.
Enfin, les CO de DMD et les EMIAZD verraient leur entraînement basé sur des périodes d’un à trois jours, à raison de 20 jours par an. Leur cycle de trois ans se terminerait avec un exercice national de défense sur le territoire, en lien avec les préfectures.
Le système d’entraînement étant établi, il reste à aborder la question de la formation initiale et continue des personnels de réserve.
De la formation
La formation initiale revêt une importance primordiale car, outre qu’elle représente souvent le premier contact entre les recrues et l’institution, elle permet la transformation de civils en soldats aptes à remplir une fonction de leur niveau au sein d’une unité ou d’un état-major.
La formation continue est garante de l’amélioration des compétences des personnels pour une même fonction et par ailleurs elle conditionne les évolutions de carrière permettant de fidéliser les meilleurs réservistes.
Pour les militaires de rang, la principale évolution consisterait à rétablir un certificat pratique réserve (CPR) distinct de la FMIR . En effet, la brièveté de la période de formation initiale, combinée à la somme croissante de savoirs à acquérir (en particulier depuis l’apparition de l’ISTC), rend nécessaire un allongement de cette formation. Concrètement, il serait réaliste d’envisager l’attribution d’un CPR dans les six à huit mois suivant la FMIR (soit environ douze à seize jours d’activité).
Le dispositif actuel de formation des petits gradés, basé sur l’acquisition des CAME et CATE , serait pérennisé. Il permet en effet d’amener les personnels aptes au grade de caporal en deux ans et au grade de caporal-chef en trois ans environ.
Concernant les sous-officiers, le processus de formation initial actuel serait maintenu, avec toutefois l’obligation d’obtenir le CAME avant le début du stage à l’ENSOA. Cette mesure permettrait de consacrer plus de temps à l’acquisition des savoirs faires propres au chef de groupe lors du stage en école. Même si cela risque d’allonger la formation, les élèves sous-officiers de réserve débuteraient leur stage à Saint Maixent avec un « fond de sac » plus solide.
La formation de perfectionnement des sous-officiers subalternes pourrait être organisée au niveau de la base de défense, à raison de 2 journées par an. Ces séances d’instruction porteraient sur l’acquisition de savoirs faires complémentaires techniques et tactiques (combat du groupe). Le système actuel d’acquisition du BAS2 serait maintenu.
La formation initiale des officiers de réserve serait revue en partie. Il serait souhaitable, en effet, que les élèves officiers de réserve passent plus de temps aux écoles de Coëtquidan ; ils pourraient donc y faire deux séjours d’un mois (après la FMIR). Cette formation serait complétée par un stage de chef de section à l’école d’Infanterie (ou dans une autre école d’arme pour les chefs de section d’USR).
La formation courte, destinée aux personnels titulaires d’un master 2 serait supprimée. Ces élèves officiers suivraient le parcours normal débutant par la FMIR, tout en étant orientés d’emblée vers la voie officier. Par ailleurs, l’accès à la voie état-major serait fermée au niveau de la formation initiale. Cette voie ne serait ouverte qu’aux capitaines ayant terminé leur temps de commandement et le cas échéant à des chefs de section réorientés. Cette mesure aurait pour effet d’envoyer la totalité du flux des aspirants de réserve vers les UER, là où le besoin est le plus important. De plus, tous les officiers de réserve affectés en état-major auraient dès lors, tout comme leurs camarades d’active, une expérience en corps de troupe.
Les officiers subalternes et les sous-officiers supérieurs seraient conviés à participer à des séances d’instruction de perfectionnement, organisées au niveau de la base de défense. Ces séances, d’un volume annuel d’environ 2,5 jours, permettraient d’aborder – par niveau fonctionnel – des thèmes tels que la mise à jour des connaissances militaires techniques ou la tactique.
Enfin, un certain nombre de postes en EMTC, EMI, EMIAZD nécessitant des connaissances militaires étendues, une formation d’ORSEM de troisième niveau pourrait être créée.
Cette formation serait organisée autour de périodes bloquées d’une semaine au collège interarmées de défense et au cours supérieur d’état-major, à raison de quatre par an, entrecoupées de cours par correspondance et de travaux personnels. La formation durerait deux ans et les stagiaires seraient recrutés sur dossier parmi les commandants et les lieutenant-colonels titulaires du diplôme d’ORSEM.
Après avoir balayé les thématiques de l’emploi, des structures, de l’entraînement, de la formation, il subsiste le problème de l’équipement des unités de réserve.
De l’équipement
L’équipement actuel des UIR est très proche de l’indigence, tant en qualité qu’en quantité. Ces unités n’ont quasiment pas d’armes collectives et chaque section ne dispose que de deux TRM 2000 pour trois groupes. Cette situation interdit de fait tout engagement contre un adversaire un peu sérieusement armé. Il y aurait donc urgence à revoir l’équipement des UIR.
En premier lieu, il serait primordial de mettre ces unités sous blindage en les équipant de VAB et de VBL ou PVP. Une dotation de trois VAB et d’un VBL/PVP par section paraît raisonnable.
En deuxième lieu, il conviendrait d’augmenter les dotations en armes collectives, actuellement inexistantes. Chaque groupe de combat devrait ainsi se voir doter d’une ANF1 et d’un LRAC ou de deux ANF1. Chaque section pourrait disposer de deux à trois mitrailleuses de 12,7 sur VAB.
En troisième lieu, il faudrait aligner l’ensemble des matériels de transmissions sur le standard de quatrième génération afin d’atteindre l’interopérabilité en évasion de fréquence avec les matériels des unités d’active.
En quatrième lieu, les groupes de combat pourraient être dotés d’appareils de vision nocturne, à raison d’une jumelle de conduite OB41 et d’une jumelle d’observation OB42.
Enfin, il serait bon d’entamer une réflexion sur la numérisation des UER, afin que chaque unité de réserve puisse être placée sous le contrôle opérationnel d’un PC de GTIA numérisé.
Conclusion
Depuis 1997, le visage de la réserve opérationnelle de l’armée de terre a changé radicalement. Plusieurs évolutions ont marqué ces douze années : création des unités élémentaires de réserve au sein des régiments professionnalisés, recrutement et formation de personnels issus du civil, création des EMTC, changements de DUO.
Pour autant, le rythme de croisière n’est pas atteint et il reste encore des progrès à faire avant de disposer de structures de réserve parfaitement opérationnelles.
En ce sens, le contexte actuel, avec la profonde restructuration des armées, ne doit pas être vu comme uniquement préjudiciable à la réserve opérationnelle. Au contraire, il convient de profiter de ces changements pour faire évoluer notre réserve sur tous les plans, afin de la rendre apte à faire face aux défis de demain.
Les cadres de réserve, officiers et sous-officiers, doivent être pleinement les acteurs de ces nécessaires évolutions.
Pour l'anecdote, les cahiers du CESAT étaient prêts à publier cet article, mais expurgé de son paragraphe sur l'équipement des UIR, jugé "dérangeant". Dont acte. Réservistes, contentez vous de ce que vous avez...
Depuis plus de 10 ans, la réserve opérationnelle – amalgame de cadres issus du contingent, de personnels ex-CCT ou issus du civil – a démontré la pertinence du concept de mixité avec les forces d’active. Néanmoins, il subsiste des marges de progression dans de nombreux domaines.
Par ailleurs, la réduction de format des armées, le durcissement des conflits et l’instabilité du monde rendent plus que jamais nécessaire l’existence de forces de réserve performantes et disponibles ; d’autant plus que le contrat opérationnel des armées sur le territoire national ne pourra pas être honoré en permanence par les forces d’active.
La réforme de notre outil de défense pourrait faire passer au second plan les préoccupations touchant à la réserve opérationnelle. Si cela se produisait, la France mettrait probablement de longues années avant de retrouver une capacité significative en la matière.
Il faut donc préparer dès aujourd’hui la réserve opérationnelle de demain, en imaginant ce qu’elle pourrait être, sous forme d’une revue de contrat portant sur la place de la réserve, la doctrine d’emploi, les structures, l’entraînement, la formation des personnels et l’équipement des unités.
De la place de la réserve opérationnelle dans le dispositif de défense.
Pour légitimer l’existence d’une réserve opérationnelle, il est indispensable de définir sa place dans le dispositif de défense de la France.
En effet, c’est en lui fixant un rôle, en reconnaissant son impérieuse nécessité au sein d’une stratégie d’ensemble, que la nation toute entière acceptera les contraintes découlant de la préparation de cette force. Il en fut ainsi de l’arme atomique, reconnue comme nécessaire grâce aux concepts de dissuasion nucléaire développés dans les premières années de la Vème république.
Dans ce cadre, trois rôles principaux sont envisageables :
• Constituer une force de recours en tous temps, en permettant aux armées de faire face à des besoins exceptionnels ou particuliers, temporairement et avec un maximum de souplesse.
• Participer à la dissuasion conventionnelle et faciliter la réaction à une surprise stratégique, en augmentant le potentiel opérationnel de l’armée de terre à hauteur de 78 unités élémentaires au plus, dans des délais rapides.
• Matérialiser la volonté de défense de la nation, en faisant appel, sur la base du volontariat, à des personnels issus de la société civile.
Accessoirement, le rôle pédagogique de la réserve opérationnelle pourrait être reconnu, pour son apport sur l’acquisition de savoirs-être et sur l’apprentissage du commandement.
Ainsi, le rôle des forces de réserve nettement défini et les contraintes qui en découlent acceptées par la nation, la doctrine d’emploi reposerait sur des fondations solides.
De la doctrine d’emploi.
Elle serait articulée autour d’un emploi majeur, d’un emploi secondaire, et d’un emploi transversal.
L’emploi majeur devrait concerner la défense du territoire national sous toutes ses formes (y compris OPINT ). C’est le fondement même de l’existence d’une réserve opérationnelle. Cet emploi majeur recouvre :
• Les missions d’appui à la sécurité générale (VIGIPIRATE).
• Les missions d’aide aux services publics et aux populations.
• Les missions de protection d’infrastructures civiles et militaires.
• Les opérations militaires en et hors du cadre de la DOT .
Ces missions concernent pour l’essentiel les états majors de la chaîne OTIAD, les EMF, les EMTC et les UER .
L’emploi secondaire aurait trait au renfort de forces d’active hors du territoire national. Cette pratique, qui a déjà cours pour les compléments individuels , pourrait – sous conditions – être étendue aux unités élémentaires de réserve. Quelques expériences ont déjà été réalisées ou sont en cours.
L’engagement d’unités de réserve pour des missions simples ou relevant d’un domaine particulier (MICAT , soutien logistique, action civilo-militaire) permettrait de libérer des unités d’active, employables dès lors pour des missions à plus forte valeur ajoutée. Ce type de projection devrait toutefois être limité à des périodes de fortes tensions sur les unités d’active.
Enfin, l’emploi transversal serait basé sur le renfort des structures d’active par des personnels ayant des compétences spécifiques, dont les armées ne disposent pas en temps normal. Il s’agit donc de domaines très variés, allant de la technique (génie civil, bâtiment, agronomie) aux sciences humaines (géographie, sociologie) en passant par les langues rares. Ce type d’emploi concerne essentiellement des cadres servant en état-major.
La doctrine étant dès lors définie clairement autour de ces trois emplois, il devient possible d’imaginer les structures nécessaires.
Des structures
Pour remplir les missions induites par la doctrine d’emploi, il faudra des structures modulaires dissociant les organes de commandement d’une part et les organes d’exécution d’autre part. Dans un souci d’efficience, il conviendrait de ne pas tout bousculer mais à contrario de se servir de ce qui existe, en modifiant en premier lieu la répartition des rôles entre la chaîne OTIAD et les forces.
Ainsi, les EMIAZD , pourraient voir leur mission recentrée autour de la conduite des opérations au niveau de la zone de défense (problèmes de nature plus « opérative »), de la coordination interarmées et de la liaison avec la préfecture de zone.
Les CO de DMD verraient pour leur part leur rôle réduit à celui d’un détachement de liaison entre les préfectures et les unités engagées dans leur département.
Ces dispositions permettraient de recentrer l’entraînement des organismes de la chaîne OTIAD sur leur cœur de métier et valoriseraient leur fonction de spécialistes du contexte local. Elles éviteraient aussi de placer des UER (ou des unités d’active) sous le commandement d’états-majors peu entraînés à l’emploi de forces sur le terrain et n’ayant qu’une faible connaissance des UER.
En compensation, les EMF pourraient créer, avec une partie des réservistes qui leur sont affectés, des états-majors d’intervention. Ces EMI, constituées à raison d’un par EMF, auraient un format proche de celui d’un PC de BIA . Ils auraient la capacité de commander de trois à cinq EMTC. Leurs moyens matériels (AMPC, transmissions) seraient fournis par la BTAC , tant pour l’entraînement que pour l’engagement éventuel.
Les EMTC , issus des états-majors de brigade, auraient vocation à commander un groupement tactique de réserve (GTR), composé d’un nombre variable d’unités élémentaires. Par conséquent, chaque brigade devrait être à même de former un GTR composé, en configuration maximale, de l’EMTC, de 4 à 5 UER (par exemple 3 UIR, 1 USR feux, et 1 USR Génie) et d’un TC2 d’active.
Pour ce qui est des unités élémentaires de réserve, les réformes actuelles, avec notamment la densification des unités à 4 sections, la création d’unités d’artillerie et de génie, vont permettre d’envisager à terme la création de groupements tactiques de réserve. Néanmoins, il est regrettable que l’on ait pas choisi, pour les unités logistiques, un modèle intégrant trois fonctions logistiques (RAV, MEC, SAN), modèle qui aurait été à même de générer un TC2 capable de soutenir un GTR.
Ces structures une fois créées, il restera à concevoir des cycles d’entraînement leur permettant d’atteindre un niveau opérationnel suffisant.
De l’entraînement
Chaque unité ou état-major de réserve doit suivre un entraînement adapté à ses missions. Cet entraînement, basé sur des parcours normés devrait, tout en gardant une nécessaire souplesse, être réalisé sur un cycle de trois ans au plus.
Pour les UIR, le rythme d’entraînement pourrait rester basé sur des périodes d’activité de 2 jours par mois (privilégiant la fin de semaine), complétées par un séjour annuel en camp de 5 jours. Ceci impliquerait un niveau d’activité de 25 à 28 jours par an pour la moyenne des personnels.
La deuxième années du cycle, ce parcours pourrait être complété par un exercice de défense sur le territoire en terrain libre, d’une durée de 3 à 4 jours. Par ailleurs, le cycle d’entrainement pourrait inclure soit une rotation au CEITO (5 jours), soit une rotation au CENTAC . Cela suppose que ces deux organismes conçoivent des stages courts adaptés aux besoins des unités de réserve.
La dernière année du cycle de trois ans serait consacrée à une projection intérieure de type Vigipirate et à sa préparation.
Les USR auraient pour leur part un type de cycle d’entraînement reposant sur deux séjours annuels en camp, de 8 jours chacun. Ceci afin de tenir compte de leur spécialisation. Ces séjours en camp seraient complétés par 5 périodes d’entraînement de deux jours en fin de semaine. Les séjours en camp permettraient la réalisation de l’entraînement non réalisable dans les garnisons : chantiers et tirs d’explosifs pour les sapeurs, écoles à feu pour les artilleurs.
A l’instar des UIR, le parcours pourrait être complété par un exercice de défense sur le territoire lors de la deuxième année du cycle et la troisième année serait consacrée à une projection intérieure.
Les EMTC auraient un parcours d’entraînement voisin de celui d’un PC de GTIA. Pour ce faire, le cycle d’entraînement de l’EMTC pourrait être, au moins partiellement, calqué sur celui de l’un des PC de GTIA (à dominante infanterie) de la brigade. De fait, un système de co-entraînement avec un PC de GTIA d’active, servant de modèle mimétique, serait imaginable. Les deux PC pouvant, par exemple, jouer avec un décalage horaire le même exercice, en bénéficiant de moyens communs.
Le cycle, d’une durée de deux à trois ans, serait clôturé par un exercice de type ANTARES . Cette évaluation, basée sur un thème de défense sur le territoire, verrait l’EMTC commander directement une partie des UIR et USR de sa brigade.
Les EMI pourraient être entraînés comme des PC de brigade. Là encore, le principe de co-entraînement avec le PC d’une brigade est envisageable. Le cycle de 3 ans serait marqué par une passage au CEPC , avec un exercice adapté.
Enfin, les CO de DMD et les EMIAZD verraient leur entraînement basé sur des périodes d’un à trois jours, à raison de 20 jours par an. Leur cycle de trois ans se terminerait avec un exercice national de défense sur le territoire, en lien avec les préfectures.
Le système d’entraînement étant établi, il reste à aborder la question de la formation initiale et continue des personnels de réserve.
De la formation
La formation initiale revêt une importance primordiale car, outre qu’elle représente souvent le premier contact entre les recrues et l’institution, elle permet la transformation de civils en soldats aptes à remplir une fonction de leur niveau au sein d’une unité ou d’un état-major.
La formation continue est garante de l’amélioration des compétences des personnels pour une même fonction et par ailleurs elle conditionne les évolutions de carrière permettant de fidéliser les meilleurs réservistes.
Pour les militaires de rang, la principale évolution consisterait à rétablir un certificat pratique réserve (CPR) distinct de la FMIR . En effet, la brièveté de la période de formation initiale, combinée à la somme croissante de savoirs à acquérir (en particulier depuis l’apparition de l’ISTC), rend nécessaire un allongement de cette formation. Concrètement, il serait réaliste d’envisager l’attribution d’un CPR dans les six à huit mois suivant la FMIR (soit environ douze à seize jours d’activité).
Le dispositif actuel de formation des petits gradés, basé sur l’acquisition des CAME et CATE , serait pérennisé. Il permet en effet d’amener les personnels aptes au grade de caporal en deux ans et au grade de caporal-chef en trois ans environ.
Concernant les sous-officiers, le processus de formation initial actuel serait maintenu, avec toutefois l’obligation d’obtenir le CAME avant le début du stage à l’ENSOA. Cette mesure permettrait de consacrer plus de temps à l’acquisition des savoirs faires propres au chef de groupe lors du stage en école. Même si cela risque d’allonger la formation, les élèves sous-officiers de réserve débuteraient leur stage à Saint Maixent avec un « fond de sac » plus solide.
La formation de perfectionnement des sous-officiers subalternes pourrait être organisée au niveau de la base de défense, à raison de 2 journées par an. Ces séances d’instruction porteraient sur l’acquisition de savoirs faires complémentaires techniques et tactiques (combat du groupe). Le système actuel d’acquisition du BAS2 serait maintenu.
La formation initiale des officiers de réserve serait revue en partie. Il serait souhaitable, en effet, que les élèves officiers de réserve passent plus de temps aux écoles de Coëtquidan ; ils pourraient donc y faire deux séjours d’un mois (après la FMIR). Cette formation serait complétée par un stage de chef de section à l’école d’Infanterie (ou dans une autre école d’arme pour les chefs de section d’USR).
La formation courte, destinée aux personnels titulaires d’un master 2 serait supprimée. Ces élèves officiers suivraient le parcours normal débutant par la FMIR, tout en étant orientés d’emblée vers la voie officier. Par ailleurs, l’accès à la voie état-major serait fermée au niveau de la formation initiale. Cette voie ne serait ouverte qu’aux capitaines ayant terminé leur temps de commandement et le cas échéant à des chefs de section réorientés. Cette mesure aurait pour effet d’envoyer la totalité du flux des aspirants de réserve vers les UER, là où le besoin est le plus important. De plus, tous les officiers de réserve affectés en état-major auraient dès lors, tout comme leurs camarades d’active, une expérience en corps de troupe.
Les officiers subalternes et les sous-officiers supérieurs seraient conviés à participer à des séances d’instruction de perfectionnement, organisées au niveau de la base de défense. Ces séances, d’un volume annuel d’environ 2,5 jours, permettraient d’aborder – par niveau fonctionnel – des thèmes tels que la mise à jour des connaissances militaires techniques ou la tactique.
Enfin, un certain nombre de postes en EMTC, EMI, EMIAZD nécessitant des connaissances militaires étendues, une formation d’ORSEM de troisième niveau pourrait être créée.
Cette formation serait organisée autour de périodes bloquées d’une semaine au collège interarmées de défense et au cours supérieur d’état-major, à raison de quatre par an, entrecoupées de cours par correspondance et de travaux personnels. La formation durerait deux ans et les stagiaires seraient recrutés sur dossier parmi les commandants et les lieutenant-colonels titulaires du diplôme d’ORSEM.
Après avoir balayé les thématiques de l’emploi, des structures, de l’entraînement, de la formation, il subsiste le problème de l’équipement des unités de réserve.
De l’équipement
L’équipement actuel des UIR est très proche de l’indigence, tant en qualité qu’en quantité. Ces unités n’ont quasiment pas d’armes collectives et chaque section ne dispose que de deux TRM 2000 pour trois groupes. Cette situation interdit de fait tout engagement contre un adversaire un peu sérieusement armé. Il y aurait donc urgence à revoir l’équipement des UIR.
En premier lieu, il serait primordial de mettre ces unités sous blindage en les équipant de VAB et de VBL ou PVP. Une dotation de trois VAB et d’un VBL/PVP par section paraît raisonnable.
En deuxième lieu, il conviendrait d’augmenter les dotations en armes collectives, actuellement inexistantes. Chaque groupe de combat devrait ainsi se voir doter d’une ANF1 et d’un LRAC ou de deux ANF1. Chaque section pourrait disposer de deux à trois mitrailleuses de 12,7 sur VAB.
En troisième lieu, il faudrait aligner l’ensemble des matériels de transmissions sur le standard de quatrième génération afin d’atteindre l’interopérabilité en évasion de fréquence avec les matériels des unités d’active.
En quatrième lieu, les groupes de combat pourraient être dotés d’appareils de vision nocturne, à raison d’une jumelle de conduite OB41 et d’une jumelle d’observation OB42.
Enfin, il serait bon d’entamer une réflexion sur la numérisation des UER, afin que chaque unité de réserve puisse être placée sous le contrôle opérationnel d’un PC de GTIA numérisé.
Conclusion
Depuis 1997, le visage de la réserve opérationnelle de l’armée de terre a changé radicalement. Plusieurs évolutions ont marqué ces douze années : création des unités élémentaires de réserve au sein des régiments professionnalisés, recrutement et formation de personnels issus du civil, création des EMTC, changements de DUO.
Pour autant, le rythme de croisière n’est pas atteint et il reste encore des progrès à faire avant de disposer de structures de réserve parfaitement opérationnelles.
En ce sens, le contexte actuel, avec la profonde restructuration des armées, ne doit pas être vu comme uniquement préjudiciable à la réserve opérationnelle. Au contraire, il convient de profiter de ces changements pour faire évoluer notre réserve sur tous les plans, afin de la rendre apte à faire face aux défis de demain.
Les cadres de réserve, officiers et sous-officiers, doivent être pleinement les acteurs de ces nécessaires évolutions.
dimanche 28 février 2010
LA NON BATAILLE
L'ESSAI SUR LA NON BATAILLE est un ouvrage publié au milieu des années 70 par un officier d'active, le commandant Guy Brossollet. Introuvable de nos jours dans le commerce, j'ai eu la chance de pouvoir m'en procurer un exemplaire chez un bouquiniste par le biais du site amazon.fr.
Disons d'emblée que le propos de l'auteur est de démolir tout un pan de la doctrine française de la guerre froide, celui touchant au corps blindé mécanisé. Les officiers de réserve de ma génération et ceux d'avant savent ce qu'était cette énorme machine de guerre, fleuron de l'armée de terre: le corps blindé mécanisé, avec ses 7 divisions blindées (au maximum), ses éléments organiques de corps d'armée et d'armée... Bref, du lourd, comme on dirait de nos jours.
Pour en revenir à l'ouvrage en question, disons que son auteur préconise de ne plus chercher la bataille décisive (concept clausewitzien de prime abord), mais d'user l'adversaire par un maillage d'unité légères et très autonomes. Pour être concis, ces unités auraient été constituées de:
Le dispositif aurait été complété par des forces d'intervention projetables (les 8 régiments parachutistes de l'époque).
L'originalité de la pensée de l'auteur m'a beaucoup intéressé et j'ai fait quelques rapprochements (hasardeux?) avec des phénomènes qui se sont produits ou se produisent maintenant:
Il en reste un petit ouvrage (130 pages), original, intéressant, facile à lire car écrit dans un style très clair et particulièrement édifiant.
Bonne lecture à ceux qui pourront se le procurer.
Disons d'emblée que le propos de l'auteur est de démolir tout un pan de la doctrine française de la guerre froide, celui touchant au corps blindé mécanisé. Les officiers de réserve de ma génération et ceux d'avant savent ce qu'était cette énorme machine de guerre, fleuron de l'armée de terre: le corps blindé mécanisé, avec ses 7 divisions blindées (au maximum), ses éléments organiques de corps d'armée et d'armée... Bref, du lourd, comme on dirait de nos jours.
Pour en revenir à l'ouvrage en question, disons que son auteur préconise de ne plus chercher la bataille décisive (concept clausewitzien de prime abord), mais d'user l'adversaire par un maillage d'unité légères et très autonomes. Pour être concis, ces unités auraient été constituées de:
- bataillons d'infanterie motorisée bien pourvus en missiles antichars, employés de manière décentralisée au niveau compagnie.
- patrouilles d'hélicoptères antichars et anti-personnels.
- régiments de chars agissant dans des intervalles, en particulier pour des contre-attaques visant à causer des pertes maximales à l'adversaire.
Le dispositif aurait été complété par des forces d'intervention projetables (les 8 régiments parachutistes de l'époque).
L'originalité de la pensée de l'auteur m'a beaucoup intéressé et j'ai fait quelques rapprochements (hasardeux?) avec des phénomènes qui se sont produits ou se produisent maintenant:
- la non bataille, c'est finalement la guerre que nous menons en Afghanistan. Rien n'est décisif mais tout compte. La décision finale restera au plus endurant, et non à celui qui aura remporté la bataille la plus importante (d'ailleurs, y en aura-t-il une ?).
- les forces d'intervention, car finalement aujourd'hui c'est l'ensemble de l'armée de terre qui est devenue une force d'intervention.
- la disparition du corps blindé mécanisé, car aujourd'hui, il n'en reste plus que nos deux brigades de décision.
- la baisse des coût, le système proposé par le commandant Brossollet ressemble avant l'heure à une armée "low-cost". Il réfute le tout technologique, mais puise dans la technologie ce qui sert à l'atteinte de l'objectif poursuivi.
Il en reste un petit ouvrage (130 pages), original, intéressant, facile à lire car écrit dans un style très clair et particulièrement édifiant.
Bonne lecture à ceux qui pourront se le procurer.
3ème REGIMENT DE HUSSARDS...
C'est maintenant sûr, la composante réserve du 2ème régiment du génie (dont votre serviteur) sera transférée au 3ème régiment de hussards dès la dissolution du "2" en juin prochain. En effet, le 3ème hussards enverra à l'été 2010 à Metz un escadron (le 1er) renforcé d'un élément de commandement. Ce harpon sera soutenu par un élément d'environ 70 personnels provenant du 2ème RG et maintenus sur place. Seule reste inconnue la date d'arrivée à Metz du gros du 3ème RH: 2011 ou 2012.
D'ici là, le 3ème RH sera représenté à Metz par son 1er escadron et son (futur) 5ème escadron (UIR) de réserve, qui sera crée à partir de la 5ème compagnie du 2.
Même s'il reste encore du travail pour régler tous les détails de la manoeuvre de transfert de la composante réserve, c'est une excellente nouvelle pour tous les réservistes du 2, qui attendaient cela depuis quelques mois. Aujourd'hui, les perspectives d'avenir sont claires: développer la composante réserve du 3ème RH, et faire monter en puissance l'unité de réserve afin de la faire passer de deux sections de personnels sous ESR à quatre.
Donc, à bras.... ferme !
D'ici là, le 3ème RH sera représenté à Metz par son 1er escadron et son (futur) 5ème escadron (UIR) de réserve, qui sera crée à partir de la 5ème compagnie du 2.
Même s'il reste encore du travail pour régler tous les détails de la manoeuvre de transfert de la composante réserve, c'est une excellente nouvelle pour tous les réservistes du 2, qui attendaient cela depuis quelques mois. Aujourd'hui, les perspectives d'avenir sont claires: développer la composante réserve du 3ème RH, et faire monter en puissance l'unité de réserve afin de la faire passer de deux sections de personnels sous ESR à quatre.
Donc, à bras.... ferme !
dimanche 3 janvier 2010
PUEBLA
PUEBLA 1863... Quatrième inscription au drapeau du régiment où je suis affecté depuis 1997. Il s'agit du siège de PUEBLA et non pas de la bataille de PUEBLA, qui s'est déroulée un an plus tôt et qui a vu la défaite du corps expéditionnaire français.
C'est aussi le nom de baptème du dernier exercice régimentaire qui s'est déroulé au mois de novembre dernier au camp du Valdahon. Cet exercice, préparé avec soin et passion (comme d'habitude) par trois officiers de réserve compléments individuels du BOI (dont votre serviteur), a vu nos deux dernières compagnies d'aide au déploiement travailler durant 48 heures sur des MICAT, aux ordres du PCR. De plus, ce fut l'occasion pour la CCL d'installer un TC2 pour assurer le soutien des compagnies.
Le thème était extrêmement simple: un bataillon d'infanterie "de type PROTERRE" est engagé en contrôle de zone dans un contexte d'interposition entre deux factions. Nos deux unités élémentaires se sont donc retrouvées à surveiller (en mesure d'intervenir) chacune leur zone, face à un plastron d'une vingtaine de personnels jouant tour à tour des civils, des "verts" et des "beige". De plus, le plastron avait, la veille du début de l'exercice, particulièrement bien "préparé" le terrain: réalisation de deux caches d'armes et de matériel (dont une piégée), pollutions de zones par des munitions non explosées (factices), abattis préparé en stade 1, et un IED dans une carcasse de voiture le long d'un axe.
L'exercice PUEBLA a été très riche en enseignements. On a observé deux phases. Pendant les premières 24 H les unités sont passées à côté de leur mission, laquelle était compliquée par la mauvaise météo (vent fort et pluie battante). Puis, durant les 24 dernières heures, sous l'impulsion du PCR, les unités ont repris le chemin des fondamentaux et ont enfin reussi à contrôler leurs zones.
Durant la première phase, on a pu constater une mauvaise prise en compte de la population sur zone (pas de recherche de renseignement), un manque de reconnaissance d'emblée de la zone (voire pas de reconnaissance), la priorité donnée à l'installation du campement par rapport aux mesures de défense, et au final, un dispositif trop statique. Bilan: aucun IED, aucune zone polluée détectée, et le plastron a pu s'infiltrer dans le courant de la nuit sans difficulté. Pour l'anecdote, sur la fin de cette phase, on a vu un chef de groupe chargé d'une mission d'escorte (d'un véhicule), changer l'itinéraire prescrit de sa propre initiative sans en rendre compte, tomber dans (et traverser) une embuscade sans riposter, et se retrouver avec un prisonnier dont il ne savait que faire.... Certains ont ri, et même beaucoup.
Pour la deuxième phase, ce fut très nettement mieux: reconnaissances en profondeur, patrouilles, exploitation des renseignements. Du coup, on trouve des choses sur le terrain, et surtout grâce à un dispositif plus mobile et réactif, le plastron est intercepté à différentes reprises.
Les principales leçons que l'on peut retenir sont à mon sens les suivantes:
D'emblée, il faut reconnaître sa zone d'action et la faire reconnaître par les sections. Il est important de connaître sa zone "par coeur" et d'en avoir fait un schéma mental.
L'organisation d'un dispositif défensif doit se faire en priorité avant l'installation de la zone vie.
La population est chez elle; certes elle peut représenter une gêne, mais c'est aussi et surtout une source inestimable de renseignements. Il faut donc très vite chercher à nouer des contacts.
La première préoccupation doit être la recherche du renseignement.
La mission de contrôle de zone est d'abord une mission dynamique. Il faut limiter les postes de surveillance (et les check point) au strict nécessaire et changer régulièrement leur emplacement. Les procédés de base sont la patrouille et l'embuscade (surtout sur renseignement).
Le dispositif doit être adapté en permanence aux circonstances: météo, ennemi, population.
Il est primordial de conserver un élément d'intervention.
Mon camarade le LCL B. travaillera le sujet avec le CDU et l'OA de notre UIR lors de séances d'instruction cadres cette année. Si des camarades d'autres régiments veulent faire de même, qu'ils me contactent, je me ferai un plaisir de leur faire parvenir le thème et les pièces annexes.
vendredi 1 janvier 2010
JISR AL DOREAA
Cet ouvrage a été écrit par deux officiers de l'arme blindée des états unis, les capitaines Michael L. BURGOYNE et Albert J. MARCKWARDT. Ces deux officiers ont connu deux déploiements en Iraq, et ont commandé respectivement les C Troop (escadron) et B Troop du 7ème de Cavalerie.
Le livre est une fiction permettant à des chefs de section / peloton de comprendre et d'intégrer les fondamentaux de la contre-insurrection. C'est un style courant chez les anglo-saxons (cf. l'ouvrage The defence of Duffer's drift), consistant à faire apprendre et comprendre des savoirs faire au travers de romans, méthode malheureusement peu pratiquée en France. On ne peut d'ailleurs que regretter que cet ouvrage n'ait pas été traduit dans notre langue. Sa lecture est toutefois un bon exercice pour améliorer notre anglais opérationnel....
Le site internet (http://www.defenseofjad.com/) comprend une série de 9 exercices téléchargeables (dans l'onglet "OPD MATERIAL") destinés à approfondir les leçons apprises lors de la lecture du livre. Le premier exercice a pour thème la défense du poste occupé par la section (étude du plan de défense, mission TENIR) et le deuxième porte sur l'organisation de check point (TCP pour Traffic Control Point).
L'ouvrage et les exercices mis en ligne sur le site doivent intéresser en priorité tous les chefs de section de la réserve opérationnelle, ainsi que les cadres (compléments individuels en BOI, par exemple) chargés de perfectionner les UIR.
Cet ouvrage est en vente sur amazon.fr ou amazon.com. Les bénéfices tirés de la vente du livre sont reversés par les auteurs à une fondation d'aide aux blessés de l'armée US.
dimanche 27 décembre 2009
LECTURES...
Comme j'ai délaissé mon blog ces derniers mois, je trouve enfin le temps de m'en occuper un peu. Pour reprendre doucement, je vous propose quelques lectures. Rassurez vous, j'évite pour le coup les livres trop ardus. Tous les ouvrages que j'évoque, se lisent facilement, presque "sans faim". Pour autant, l'officier de réserve y trouvera toujours - outre un complément de culture militaire historique - matière à réflexion.
OPERATIONS SPECIALES 20 ANS DE GUERRES SECRETES - COL SASSI - éd. NIMROD
Le COL SASSI fut une figure du 11ème Choc et du GCMA en Indochine. Ce livre de mémoires retrace son parcours, depuis son enfance, son engagement dans l'Armée de l'Air en 1938, son volontariat pour les équipes JEDBURGH, sa formation de commando-parachutiste en Grande Bretagne, sa mission en France occupée (l'encadrement d'un maquis dans la Drôme), l'après guerre au 11ème Choc, et surtout l'Indochine. L'auteur faisait alors partie du GCMA, où il était chargé d'encadrer des maquis de partisans méos dans la région du TRANNINH. Peu avant la chute de DIEN BIEN PHU, à la tête de quelques centaines de partisans, il tentera vainement de briser l'encerclement Viet pour permettre à ce qui restait de la garnison de se replier sur le LAOS. L'ouvrage est passionnant, de part la personnalité de l'auteur, mais aussi à cause de son expérience des opérations non conventionnelles sur les arrières.
L'HONNEUR DE LA GUERRE - COL DEODAT DE PUY MONTBRUN - éd. ALBIN MICHEL
Là encore, l'auteur est une figure de notre armée. Engagé au 2ème Hussards peu avant 1939, il sera un résistant de la première heure, affecté à la fin de la guerre à la DGER, il rejoindra le 11ème Choc puis l'Indochine. Il y servira comme aide de camp du Général DE LATTRE, au GCMA et au 8ème Choc. En Algérie, il fut un pionnier de l'ALAT et de l'emploi des hélicoptères. Ce livre n'est pas seulement une autobiographie, même si l'auteur y dévoile une partie de sa carrière. Le récit, bien que chronologique, comporte de nombreuses digressions et l'on sent bien que l'auteur garde le silence sur certains évènements. C'est aussi et même surtout un message, sur la guerre en général et sur celles que l'auteur à connues. Une large place est faite à la guerre d'Algérie et à l'attitude de l'armée dans ce conflit par rapport aux atrocités commises par le FLN. Une belle leçon d'humanité et d'espoir. Voici ce qu'écrit l'auteur dans sa postface: "A nos jeunes camarades de l'armée, je souhaite cette volonté, cette illusion généreuse qui permet d'espérer contre tout espoir et de réussir contre toute attente".
LIEUTENANT DE PANZERS - A. VON KAGENECK - éd. PERRIN
Cet ouvrage n'est pas récent puisqu'il fut publié en 1968. L'auteur, fils d'un général de l'armée du Kaiser GUILLAUME II, y raconte son enfance, l'avènement du nazisme, puis sa guerre comme lieutenant dans des unités de cavalerie légère blindée. August Von Kageneck fut, après la guerre, correspondant en France du journal "Die Welt". Ceux qui se souviennent de l'émission de l'historien Marc FERRO sur ARTE au début des années 90, dans laquelle il commentait semaine après semaine les actualités cinématographiques de la guerre, ont certainement le souvenir d'August Von Kageneck qui intervenait fréquemment pour commenter les actualités allemandes. Ce livre est très intéressant car il permet de comprendre en partie le pourquoi et le comment de l'acceptation du nazisme par le peuple allemand, ainsi que l'évolution des mentalités (notamment dans la Wehrmacht) au fil des victoires et des défaites.
DE L'AUTRE COTE DE L'EAU - GCA (2S) DE LA MOTTE - éd. TALLANDIER
Si vous ne lisez qu'un seul livre, lisez celui-là. C'est réellement passionnant. L'auteur, bien qu'ayant fait une brillante carrière militaire (C1 du 12ème CUIRS, commandant de l'EAABC, commandant de la IVème région militaire), y raconte dix huit mois de sa vie de lieutenant en Indochine. De son propre aveu, c'est la période la plus marquante de sa carrière. La période couverte par le récit est celle durant laquelle l'auteur a commandé un commando de partisans vietnamiens. Le lecteur comprend très vite pourquoi: l'auteur devient très vite une sorte de roi, menant sa propre guerre dans son sous-secteur. Le tout est raconté avec une humilité assez extraordinaire, et c'est ce qui permet de comprendre le cheminement de cet officier confronté à des situations peu ordinaires. Il décrit avec franchise ses erreurs, ses balbutiements du début, donnant ainsi un incroyable sentiment de véracité au récit. Sur un plan tactique, l'ouvrage fait la démonstration que la mission de contrôle de zone est d'abord une action dynamique basée sur le renseignement; on perçoit en effet très nettement l'inefficacité d'un quelconque dispositif statique.
Bonnes lectures......
OPERATIONS SPECIALES 20 ANS DE GUERRES SECRETES - COL SASSI - éd. NIMROD
Le COL SASSI fut une figure du 11ème Choc et du GCMA en Indochine. Ce livre de mémoires retrace son parcours, depuis son enfance, son engagement dans l'Armée de l'Air en 1938, son volontariat pour les équipes JEDBURGH, sa formation de commando-parachutiste en Grande Bretagne, sa mission en France occupée (l'encadrement d'un maquis dans la Drôme), l'après guerre au 11ème Choc, et surtout l'Indochine. L'auteur faisait alors partie du GCMA, où il était chargé d'encadrer des maquis de partisans méos dans la région du TRANNINH. Peu avant la chute de DIEN BIEN PHU, à la tête de quelques centaines de partisans, il tentera vainement de briser l'encerclement Viet pour permettre à ce qui restait de la garnison de se replier sur le LAOS. L'ouvrage est passionnant, de part la personnalité de l'auteur, mais aussi à cause de son expérience des opérations non conventionnelles sur les arrières.
L'HONNEUR DE LA GUERRE - COL DEODAT DE PUY MONTBRUN - éd. ALBIN MICHEL
Là encore, l'auteur est une figure de notre armée. Engagé au 2ème Hussards peu avant 1939, il sera un résistant de la première heure, affecté à la fin de la guerre à la DGER, il rejoindra le 11ème Choc puis l'Indochine. Il y servira comme aide de camp du Général DE LATTRE, au GCMA et au 8ème Choc. En Algérie, il fut un pionnier de l'ALAT et de l'emploi des hélicoptères. Ce livre n'est pas seulement une autobiographie, même si l'auteur y dévoile une partie de sa carrière. Le récit, bien que chronologique, comporte de nombreuses digressions et l'on sent bien que l'auteur garde le silence sur certains évènements. C'est aussi et même surtout un message, sur la guerre en général et sur celles que l'auteur à connues. Une large place est faite à la guerre d'Algérie et à l'attitude de l'armée dans ce conflit par rapport aux atrocités commises par le FLN. Une belle leçon d'humanité et d'espoir. Voici ce qu'écrit l'auteur dans sa postface: "A nos jeunes camarades de l'armée, je souhaite cette volonté, cette illusion généreuse qui permet d'espérer contre tout espoir et de réussir contre toute attente".
LIEUTENANT DE PANZERS - A. VON KAGENECK - éd. PERRIN
Cet ouvrage n'est pas récent puisqu'il fut publié en 1968. L'auteur, fils d'un général de l'armée du Kaiser GUILLAUME II, y raconte son enfance, l'avènement du nazisme, puis sa guerre comme lieutenant dans des unités de cavalerie légère blindée. August Von Kageneck fut, après la guerre, correspondant en France du journal "Die Welt". Ceux qui se souviennent de l'émission de l'historien Marc FERRO sur ARTE au début des années 90, dans laquelle il commentait semaine après semaine les actualités cinématographiques de la guerre, ont certainement le souvenir d'August Von Kageneck qui intervenait fréquemment pour commenter les actualités allemandes. Ce livre est très intéressant car il permet de comprendre en partie le pourquoi et le comment de l'acceptation du nazisme par le peuple allemand, ainsi que l'évolution des mentalités (notamment dans la Wehrmacht) au fil des victoires et des défaites.
DE L'AUTRE COTE DE L'EAU - GCA (2S) DE LA MOTTE - éd. TALLANDIER
Si vous ne lisez qu'un seul livre, lisez celui-là. C'est réellement passionnant. L'auteur, bien qu'ayant fait une brillante carrière militaire (C1 du 12ème CUIRS, commandant de l'EAABC, commandant de la IVème région militaire), y raconte dix huit mois de sa vie de lieutenant en Indochine. De son propre aveu, c'est la période la plus marquante de sa carrière. La période couverte par le récit est celle durant laquelle l'auteur a commandé un commando de partisans vietnamiens. Le lecteur comprend très vite pourquoi: l'auteur devient très vite une sorte de roi, menant sa propre guerre dans son sous-secteur. Le tout est raconté avec une humilité assez extraordinaire, et c'est ce qui permet de comprendre le cheminement de cet officier confronté à des situations peu ordinaires. Il décrit avec franchise ses erreurs, ses balbutiements du début, donnant ainsi un incroyable sentiment de véracité au récit. Sur un plan tactique, l'ouvrage fait la démonstration que la mission de contrôle de zone est d'abord une action dynamique basée sur le renseignement; on perçoit en effet très nettement l'inefficacité d'un quelconque dispositif statique.
Bonnes lectures......
dimanche 29 mars 2009
LE DEVENIR DU CORPS DES ORSEM (actualisé)
Pour les lecteurs non spécialistes, ORSEM signifie Officier de Réserve Spécialiste d'Etat Major. C'est le plus haut niveau de "compétence militaire" que peut obtenir un officier de la réserve opérationnelle actuellement (hors ex-active breveté). Ce corps a été crée en 1899, et l'on compte parmi ses membres un nombre non négligeable de grandes figures: le Colonel Touny (qui dirigea l'OCM), le Capitaine Marc Bloch (l'historien médiéviste). Les ORSEM sont recrutés sur concours, parmi les lieutenants ayant plus de trois ans de grade, les capitaines et plus...
Bref, mon propos n'était pas de faire le genèse de ce corps prestigieux quoique méconnu, mais plutôt de m'inquiéter de son devenir. Etant moi-même ORSEM, le sujet me préoccupe naturellement.
Mon camarade et ami le Capitaine G. a passé hier l'écrit d'admissibilité dudit concours. Sur quelque 80 candidats inscrits, ils ont été 76 à passer les épreuves. En 1996, ma promotion comptait à peu près 120 officiers élèves. Sachant que le taux de sélection était de l'ordre de 50 %, cela signifie qu'environ 240 candidats avaient concouru ! 70 % de candidats en moins en l'espace de 13 ans. Il y a me semble-t-il quelques motifs d'inquiétude.
Mon billet, malheureusement, pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Situons le problème: ces nouveaux ORSEM sont pour la plupart les officiers supérieurs de réserve de demain. Ils seront les commandants, les lieutenant-colonels et les colonels qui constitueront les indispensables compléments opérationnels de nos états majors et postes de commandement du niveau régimentaire jusqu'au niveau corps d'armée et plus. Ils seront aussi, dans une large mesure les piliers et les "référents" du corps des officiers de réserve. C'est dire si l'enjeu est d'importance.
Alors pourquoi cette désaffection ?
Il me semble que la réforme des armées, en particulier de l'Armée de Terre y est pour beaucoup. Pour la plupart des réservistes servant dans des régiments qui déménagent ou qui sont appelés à disparaître, le futur n'est rien moins qu'obscur. Bien que le CEMAT ait promis que personne ne serait laissé sur le bord du chemin, et que rien pour l'instant ne permet de mettre en doute sa parole, les réservistes concernés ne voient que des solutions taillées à la hache et pour tout dire peu réalistes. Suivre son régiment qui part à 400 km de son domicile ne me semble pas une solution d'un grand bon sens, mais si l'on ne vous propose rien d'autre... Va pour la route ! Je pense que ces transformations génèrent une incertitude sur le futur qui n'incite pas les jeunes officiers à préparer, passer un concours sélectif et à suivre un stage durant leurs congés.
Par ailleurs, la politique de gestion des ressources humaines "réserve", de l'Armée de Terre, visant directement le "dégagement des cadres" d'officiers supérieurs estimés en surnombre, n'est pas plus de nature à rassurer les candidats. Pourquoi investir dans une formation très prenante, à priori nécessaire pour accéder au grade de commandant, pour se voire remercié après quelques années, parce que considéré comme commandant trop ancien ou lieutenant-colonel trop gradé. L'Armée de Terre devra choisir: ceux qui font l'effort d'accepter un parcours contraignant, et qui poursuivent leurs activités doivent être récompensés et au moins accéder à une "carrière longue" et à des postes motivants !
En tout état de cause, les ORSEM, dont je suis, doivent continuer à tenter d'attirer les jeunes officiers vers cette formation, et les intégrer pleinement dans ce corps, qui j'en suis convaincu, n'a pas terminé d'être utile au succès des armes de la France.
Bref, mon propos n'était pas de faire le genèse de ce corps prestigieux quoique méconnu, mais plutôt de m'inquiéter de son devenir. Etant moi-même ORSEM, le sujet me préoccupe naturellement.
Mon camarade et ami le Capitaine G. a passé hier l'écrit d'admissibilité dudit concours. Sur quelque 80 candidats inscrits, ils ont été 76 à passer les épreuves. En 1996, ma promotion comptait à peu près 120 officiers élèves. Sachant que le taux de sélection était de l'ordre de 50 %, cela signifie qu'environ 240 candidats avaient concouru ! 70 % de candidats en moins en l'espace de 13 ans. Il y a me semble-t-il quelques motifs d'inquiétude.
Mon billet, malheureusement, pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Situons le problème: ces nouveaux ORSEM sont pour la plupart les officiers supérieurs de réserve de demain. Ils seront les commandants, les lieutenant-colonels et les colonels qui constitueront les indispensables compléments opérationnels de nos états majors et postes de commandement du niveau régimentaire jusqu'au niveau corps d'armée et plus. Ils seront aussi, dans une large mesure les piliers et les "référents" du corps des officiers de réserve. C'est dire si l'enjeu est d'importance.
Alors pourquoi cette désaffection ?
Il me semble que la réforme des armées, en particulier de l'Armée de Terre y est pour beaucoup. Pour la plupart des réservistes servant dans des régiments qui déménagent ou qui sont appelés à disparaître, le futur n'est rien moins qu'obscur. Bien que le CEMAT ait promis que personne ne serait laissé sur le bord du chemin, et que rien pour l'instant ne permet de mettre en doute sa parole, les réservistes concernés ne voient que des solutions taillées à la hache et pour tout dire peu réalistes. Suivre son régiment qui part à 400 km de son domicile ne me semble pas une solution d'un grand bon sens, mais si l'on ne vous propose rien d'autre... Va pour la route ! Je pense que ces transformations génèrent une incertitude sur le futur qui n'incite pas les jeunes officiers à préparer, passer un concours sélectif et à suivre un stage durant leurs congés.
Par ailleurs, la politique de gestion des ressources humaines "réserve", de l'Armée de Terre, visant directement le "dégagement des cadres" d'officiers supérieurs estimés en surnombre, n'est pas plus de nature à rassurer les candidats. Pourquoi investir dans une formation très prenante, à priori nécessaire pour accéder au grade de commandant, pour se voire remercié après quelques années, parce que considéré comme commandant trop ancien ou lieutenant-colonel trop gradé. L'Armée de Terre devra choisir: ceux qui font l'effort d'accepter un parcours contraignant, et qui poursuivent leurs activités doivent être récompensés et au moins accéder à une "carrière longue" et à des postes motivants !
En tout état de cause, les ORSEM, dont je suis, doivent continuer à tenter d'attirer les jeunes officiers vers cette formation, et les intégrer pleinement dans ce corps, qui j'en suis convaincu, n'a pas terminé d'être utile au succès des armes de la France.
vendredi 20 février 2009
ENTRAINEMENT A LA TACTIQUE
En octobre 2008, l'armée de terre a lancé l'expérimentation d'un logiciel de simulation tactique destiné au perfectionnement et à l'entraînement des cadres (commandants d'unité, officiers servant en BOI, en EM de brigade).
Ce logiciel, dénommé SCALPED est destiné a être installé sur un PC et il fonctionne en mode isolé comme en réseau. Il est facile d'emploi, mais nécessite une phase d'apprentissage à l'aide du didacticiel joint. C'est un outil particulièrement intéressant pour les réservistes (en particulier pour les ORSEM), auxquels il permet un entraînement à leur rythme. Sans compenser les séances de perfectionnement des ORSEM du passé, avec leurs dossiers tactiques, il s'agit d'un moyen de formation très intéressant.
Il est donc très important que l'expérimentation se conclue sur un succès et débouche sur quelque chose de pérenne. Actuellement, l'expérimentation est poursuivie jusqu'àu mois de juillet 2009 et la version 1.0.2 est téléchargeable. Cette version comprend les didacticiels NRBC et logistique, ainsi que deux nouveaux scénarios.
Pour télécharger le logiciel (attention, pour les réservistes sous ESR seulement...), prendre contact avec votre BOI (pour ceux qui servent en régiment) ou avec votre unité d'affectation, pour récupérer le mot de passe (disponible sur Intraterre) permettant de vous inscrire sur le site SCALPED (https://www.scalped.fr). Avec ce mot de passe, vous vous inscrivez en tant qu'utilisateur en choisissant pseudo et mot de passe et vous pourrez alors télécharger SCALPED et l'installer sur votre PC. Une fois inscrit, vous aurez accès au forum, et aux nouvelles versions.
Bons entraînements !
Ce logiciel, dénommé SCALPED est destiné a être installé sur un PC et il fonctionne en mode isolé comme en réseau. Il est facile d'emploi, mais nécessite une phase d'apprentissage à l'aide du didacticiel joint. C'est un outil particulièrement intéressant pour les réservistes (en particulier pour les ORSEM), auxquels il permet un entraînement à leur rythme. Sans compenser les séances de perfectionnement des ORSEM du passé, avec leurs dossiers tactiques, il s'agit d'un moyen de formation très intéressant.
Il est donc très important que l'expérimentation se conclue sur un succès et débouche sur quelque chose de pérenne. Actuellement, l'expérimentation est poursuivie jusqu'àu mois de juillet 2009 et la version 1.0.2 est téléchargeable. Cette version comprend les didacticiels NRBC et logistique, ainsi que deux nouveaux scénarios.
Pour télécharger le logiciel (attention, pour les réservistes sous ESR seulement...), prendre contact avec votre BOI (pour ceux qui servent en régiment) ou avec votre unité d'affectation, pour récupérer le mot de passe (disponible sur Intraterre) permettant de vous inscrire sur le site SCALPED (https://www.scalped.fr). Avec ce mot de passe, vous vous inscrivez en tant qu'utilisateur en choisissant pseudo et mot de passe et vous pourrez alors télécharger SCALPED et l'installer sur votre PC. Une fois inscrit, vous aurez accès au forum, et aux nouvelles versions.
Bons entraînements !
mardi 3 février 2009
LES UIR PROTERRE: UN CONCEPT A REVOIR ?
Je mets en ligne, ci dessous, un article signé de ma main, que les cahiers du CESAT (collège d'enseignement supérieur de l'Armée de Terre) me font l'honneur de publier dans leur numéro 15, qui vient de paraître.
Les Unités d’Intervention de Réserve (UIR) ont été crées il y a plus de 10 ans sous le vocable d’Unités de Réserve de Régiment Professionnel (URRP). Constituées à l’origine de trois sections de combat et d’une section de commandement armées par du personnel sous ESR, elles ont évolué vers une structure à deux sections de combat et une section de commandement formées par des personnels sous ESR, plus deux sections de combat dont les personnels sont des « disponibles ». Dans le même temps, les sections de combat ont perdu leurs armes collectives et une partie de leurs véhicules.
Par ailleurs, l’apparition du concept PROTERRE, en créant une structure d’unité élémentaire à deux sections, a provoqué une confusion entre la structure organique des UIR et celle des UE PROTERRE. Cet état de fait, dû peut-être à la prééminence des engagements en OPINT (VIGIPIRATE) tend à centrer l’entraînement des UIR sur le format PROTERRE. Or, cette dérive cause une diminution des capacités et des savoirs faire des unités de réserve, alors même que le durcissement des conflits dans lesquels nos forces sont engagées et la baisse des effectifs devraient inciter à maximiser les capacités des UIR.
En la matière, si l’état des lieux ne semble guère reluisant, il n’en reste pas moins que des solutions sont à notre portée et doivent être mises en œuvre.
L’EMPLOI CONTRAINT AU FORMAT PROTERRE
Deux des quatre sections de combat des UIR sont formées de personnels soumis à l’obligation de disponibilité. Force est de constater que ces deux sections ne sont jamais entraînées.
La réglementation actuelle, en limitant les possibilités d’activité de ces sections à cinq jours par période de cinq ans y est pour beaucoup. Pourtant, ces personnels disponibles, non obligatoirement issus du régiment où ils sont affectés, ne se connaissant à priori pas, auraient besoin d’un entraînement adapté pour pouvoir être engagés rapidement avec les autres personnels de l’UIR.
Par ailleurs, l’absence de lien avec leur unité d’appartenance fait craindre qu’en cas de rappel, une partie de l’effectif ne rejoigne pas ou tardivement. L’expérience des convocations verticales des régiments de réserve a démontré qu’il existe toujours un taux de fuite, variable suivant les circonstances et les régions.
Enfin, une fois les effectifs complets, ces sections devraient obligatoirement subir une mise en condition opérationnelle, ne serait ce que pour permettre à chacun de retrouver ses marques et de créer un minimum de lien tactique[i]. On peut, sans s’avancer outre mesure, estimer que ce processus durerait de six à huit semaines.
Par conséquent, il devient évident que les UIR seraient, au moins dans un premier temps, engagées sous un format PROTERRE ou PROTERRE renforcé (avec la section commandement complète).
LES FAIBLESSES DU MODELE PROTERRE
Avec un effectif calculé sur celui de la plus petite unité élémentaire de l’armée de terre, la compagnie PROTERRE souffre de nombreux défauts.
En premier lieu, la réduction à l’extrême de la section de commandement – réduite à moins d’un groupe – interdit toute constitution d’un train de combat. L’unité n’a donc pas d’autonomie logistique, ce qui signifie que soit l’échelon supérieur assure l’essentiel des fonctions du TC1, soit les sections consacrent des moyens pour assurer des tâches logistiques. Dans le premier cas, le glissement de tâches vers le TC2 contraint à augmenter la taille de celui-ci pour assurer l’intégralité de la manœuvre logistique. Dans le second cas, cela implique de désengager périodiquement une section pour effectuer les recomplètements. En finale, les deux solutions limitent l’autonomie de l’unité PROTERRE.
En deuxième lieu, le commandant d’unité n’ayant pas d’adjoint, la permanence du commandement ne peut être assurée sur la durée. L’unité PROTERRE ne peut donc pas assurer de missions dont la durée ou le rythme dépasseraient la capacité de durer du seul commandant d’unité. Là encore, cette contrainte limite les possibilités d’emploi de l’unité.
En troisième lieu, on relève que l’unité PROTERRE ne dispose d’aucun armement collectif, bien que la notice sur l’entraînement des unités PROTERRE précise qu’elle peut en être dotée en fonction des circonstances. Pour autant, ce type d’armes ne figurant pas au DUO, la tendance est de ne plus s’entraîner à les mettre en œuvre et à les employer. Or, une dotation en armes collectives – ANF1 et LRAC ou AT4 – permettrait de compenser en partie le faible effectif des unités PROTERRE.
En quatrième lieu se pose le problème des véhicules : les sections d’une UIR ne disposent que de deux TRM 2000 pour trois groupes. Cette dotation indigente, outre le fait que la camionnette tactique n’assure aucune protection aux personnels, fait peser une contrainte démesurée sur la mobilité des sections. Du coup, le commandant d’unité se voit contraint de créer un échelon de transport et de déplacer ses sections une par une.
En dernier lieu, la compagnie PROTERRE n’est composée que de deux sections, défaut majeur qui réduit de manière très conséquente les options tactiques offertes au capitaine. En effet, avec deux sous-unités, le commandant d’unité est réduit à un rôle de coordinateur [ii]. Il se retrouve face à un choix binaire : soit engager ses deux sections et se passer pratiquement d’élément d’intervention (sauf à jouer sur l’articulation, mais l’élément en réserve sera de faible volume), soit engager une seule section et conserver l’autre en soutien[iii]. Ce faible nombre de possibilités de base limite la capacité d’adaptation des unités PROTERRE et ce phénomène semble ne déranger personne. On peut noter à ce sujet que les rédacteurs de la notice sur l’instruction des unités PROTERRE ont éludé le problème en proposant, au chapitre sur le combat de la compagnie, aux commandants d’unités de se reporter au combat de la section, laquelle est constituée de trois groupes !
VERS DES SOLUTIONS
Malgré ce bilan peu satisfaisant, il est possible de compenser, au moins partiellement, les défauts cités supra.
Toutes les solutions immédiatement à portée de tout capitaine commandant une UIR ont pour objectif la rentabilisation maximale des moyens existants. A ce titre, toutes les mesures de nature à atteindre cet objectif reposent sur deux piliers : l’entraînement et le choix de l’articulation.
Un des buts principaux de l’entraînement doit être d’une part de permettre aux chefs de laisser à leurs subordonnés une marge d’initiative suffisante et d’autre part d’apprendre à ces derniers à l’utiliser au profit de la réalisation de la mission.
Précisément, il s’agit d’abord de développer les compétences tactiques des cadres (commandant d’unité, officier adjoint, chefs de section et SOA, chefs de groupe) en combinant des exercices en salle – thèmes tactiques, logiciels de simulation, caisse à sable – et sur le terrain. Pour ce qui est du commandant d’unité, ces séances doivent, entre autres choses, lui donner l’habitude de manipuler un nombre variable de sections, afin de conserver ou d’acquérir la capacité à manœuvrer plus de deux sections.
Simultanément, il faut développer un lien tactique fort entre chaque chef et ses subordonnés. Ce lien, qui ne s’acquiert qu’au fil d’un long travail commun est le corollaire de la confiance qui doit exister entre chaque membre de l’unité. C’est ce lien qui permet à un subordonné – chef de section ou chef de groupe – de réagir rapidement dans le sens de l’intention du chef à une situation inopinée. C’est donc un élément clé de la capacité d’adaptation de l’unité. C’est aussi ce qui permet au chef de laisser à ses subordonnés une autonomie de plus en plus indispensable.
Par ailleurs, et toujours dans le cadre de la rentabilisation des moyens, un effort particulier est à faire en faveur de l’entraînement des groupes de combat, afin de les amener à un degré d’autonomie peu pratiqué jusqu’ici.
Pour ce faire, les activités doivent mettre l’accent sur le combat du groupe, le tir (l’ISTC), l’aguerrissement et la rusticité. De plus, il est nécessaire d’entraîner les groupes de combat à la mise en œuvre et à l’emploi des armes collectives disponibles : ANF1, LRAC, mitrailleuse de .50. En tout état de cause, et malgré les difficultés liées à l’irrégularité de la présence de certains personnels, le perfectionnement des groupes de combat des UIR doit être une priorité absolue du commandant d’unité[iv].
L’articulation est – rappelons le – fixée par le commandant d’unité pour adapter son unité à la manœuvre qu’il envisage. Une vieille habitude veut que l’on utilise l’articulation organique, ce qui simplifie les choses dès lors que l’unité dispose de suffisamment de pions (trois ou quatre). Malheureusement, les UIR PROTERRE ne sont pas dans ce cas. Or, ne pas se contenter de l’articulation organique, c’est ouvrir de nouvelles possibilités tactiques.
Et ce tout d’abord dans le domaine du soutien logistique. En la matière, il paraît indispensable de disposer d’un TC1 suffisamment bien calibré pour que l’unité dispose d’une autonomie suffisante. Chaque UIR disposant d’une section de commandement sous ESR, il faut par conséquent systématiquement inclure cette section au DUO « opérationnel » de l’UIR[v].
Ensuite dans le domaine du commandement. Comme toute unité élémentaire, les UIR disposent d’un officier adjoint. Nonobstant la structure PROTERRE, cet officier doit être engagé avec son unité, tant il est partie prenante de la capacité de commandement. Car sans adjoint au commandant d’unité, il ne peut y avoir de permanence du commandement, donc pas d’engagement sur un mode continu, sauf au prix d’une « combustion » rapide du capitaine.
Enfin en ce qui concerne l’articulation des sections de combat. En cherchant à adapter son outil aux circonstances, le commandant d’unité peut être amené à créer une troisième sous-unité. Par exemple, en retirant 1 groupe à chaque section – ce nouveau pion étant placé aux ordres d’un SOA, ou bien en coupant une section en deux, ou bien encore en retirant des trinômes à chaque section. Même si toutes ces formules ne remplacent pas une troisième section, elles peuvent permettre de disposer momentanément d’un élément de couverture, d’appui ou de recueil. Si l’unité dispose d’armes collectives, les possibilités sont plus nombreuses, allant de la constitution d’une base de feux en rassemblant au sein d’une nouvelle sous-unité tout ou partie des ANF1, à la création d’une entité anti-véhicule ou anti-blockhaus sur la base des LRAC. Dans le même ordre d’idées, on peut envisager aussi le regroupement des meilleurs tireurs au sein d’un groupe chargé d’une action particulière. En bref, il s’agit d’adapter des moyens réduits aux nécessités de la mission pour en tirer la meilleure efficacité.
Toutefois, quelque soit la créativité des commandants d’unité d’UIR, l’exercice aura tôt ou tard ses limites. C’est pourquoi l’effort de rentabilisation des moyens ne doit pas nous dispenser d’une réflexion sur la structure des UIR, leurs moyens et leur doctrine d’emploi.
QUELQUES PERSPECTIVES
Compte tenu du contexte actuel de restructuration de l’armée de terre, il semble difficile de pouvoir échapper à une remise en question des structures des UIR.
Dans ce cadre, il serait envisageable de constituer des UIR à trois ou quatre sections de combat formées de personnels sous ESR. De ce fait, ces unités pourraient être engagées sous un préavis assez court. De plus, ces unités élémentaires de réserve pourraient plus facilement qu’aujourd’hui mettre sur pied une unité PROTERRE standard, pour des engagements de type VIGIPIRATE.
Par ailleurs, les disponibles pourraient être affectés à des UIR de « deuxième réserve », opérationnelles après une mise en condition plus longue.
Ainsi, il serait possible de mettre sur pied 40 à 50 UIR de première réserve et un nombre égal d’unités de deuxième réserve. Les deux types d’unités étant de même pied et disposant de capacités valables.
En complément, il sera nécessaire de revoir l’équipement des UIR en adéquation avec des hypothèses d’emploi élargies pour anticiper les engagements futurs. Revoir les dotations en armes collectives, en moyens de transmission, en véhicules – en dotant par exemple les UIR de VAB – est un exercice qu’il faudra faire sans trop tarder.
Au-delà, l’armée de terre doit entamer une réflexion sur la doctrine d’emploi des unités de réserve, sans se limiter aux OPINT de type VIGIPIRATE, pour prendre en compte l’éventualité d’engagements plus durs.
Dans ce chantier qui s’annonce, les officiers de réserve doivent prendre toute leur place, faire part de leurs idées et de leurs expériences, afin d’arriver à des solutions optimales, dans l’intérêt de la défense de la France.
[i] Sur la notion de lien tactique, voir l’ouvrage de G. HUBIN, Perspectives tactiques
[ii] Cf. Tactique Théorique, M. YAKOVLEFF
[iii] Dans le sens de la définition donnée par M. YAKOVLEFF, « être en mesure d’appuyer ou de prendre le combat à son compte »
[iv] Aidé et soutenu par le BOI, c’est indispensable.
[v] Bien entendu, cette remarque ne vise pas les OPINT de type VIGIPIRATE.
Les Unités d’Intervention de Réserve (UIR) ont été crées il y a plus de 10 ans sous le vocable d’Unités de Réserve de Régiment Professionnel (URRP). Constituées à l’origine de trois sections de combat et d’une section de commandement armées par du personnel sous ESR, elles ont évolué vers une structure à deux sections de combat et une section de commandement formées par des personnels sous ESR, plus deux sections de combat dont les personnels sont des « disponibles ». Dans le même temps, les sections de combat ont perdu leurs armes collectives et une partie de leurs véhicules.
Par ailleurs, l’apparition du concept PROTERRE, en créant une structure d’unité élémentaire à deux sections, a provoqué une confusion entre la structure organique des UIR et celle des UE PROTERRE. Cet état de fait, dû peut-être à la prééminence des engagements en OPINT (VIGIPIRATE) tend à centrer l’entraînement des UIR sur le format PROTERRE. Or, cette dérive cause une diminution des capacités et des savoirs faire des unités de réserve, alors même que le durcissement des conflits dans lesquels nos forces sont engagées et la baisse des effectifs devraient inciter à maximiser les capacités des UIR.
En la matière, si l’état des lieux ne semble guère reluisant, il n’en reste pas moins que des solutions sont à notre portée et doivent être mises en œuvre.
L’EMPLOI CONTRAINT AU FORMAT PROTERRE
Deux des quatre sections de combat des UIR sont formées de personnels soumis à l’obligation de disponibilité. Force est de constater que ces deux sections ne sont jamais entraînées.
La réglementation actuelle, en limitant les possibilités d’activité de ces sections à cinq jours par période de cinq ans y est pour beaucoup. Pourtant, ces personnels disponibles, non obligatoirement issus du régiment où ils sont affectés, ne se connaissant à priori pas, auraient besoin d’un entraînement adapté pour pouvoir être engagés rapidement avec les autres personnels de l’UIR.
Par ailleurs, l’absence de lien avec leur unité d’appartenance fait craindre qu’en cas de rappel, une partie de l’effectif ne rejoigne pas ou tardivement. L’expérience des convocations verticales des régiments de réserve a démontré qu’il existe toujours un taux de fuite, variable suivant les circonstances et les régions.
Enfin, une fois les effectifs complets, ces sections devraient obligatoirement subir une mise en condition opérationnelle, ne serait ce que pour permettre à chacun de retrouver ses marques et de créer un minimum de lien tactique[i]. On peut, sans s’avancer outre mesure, estimer que ce processus durerait de six à huit semaines.
Par conséquent, il devient évident que les UIR seraient, au moins dans un premier temps, engagées sous un format PROTERRE ou PROTERRE renforcé (avec la section commandement complète).
LES FAIBLESSES DU MODELE PROTERRE
Avec un effectif calculé sur celui de la plus petite unité élémentaire de l’armée de terre, la compagnie PROTERRE souffre de nombreux défauts.
En premier lieu, la réduction à l’extrême de la section de commandement – réduite à moins d’un groupe – interdit toute constitution d’un train de combat. L’unité n’a donc pas d’autonomie logistique, ce qui signifie que soit l’échelon supérieur assure l’essentiel des fonctions du TC1, soit les sections consacrent des moyens pour assurer des tâches logistiques. Dans le premier cas, le glissement de tâches vers le TC2 contraint à augmenter la taille de celui-ci pour assurer l’intégralité de la manœuvre logistique. Dans le second cas, cela implique de désengager périodiquement une section pour effectuer les recomplètements. En finale, les deux solutions limitent l’autonomie de l’unité PROTERRE.
En deuxième lieu, le commandant d’unité n’ayant pas d’adjoint, la permanence du commandement ne peut être assurée sur la durée. L’unité PROTERRE ne peut donc pas assurer de missions dont la durée ou le rythme dépasseraient la capacité de durer du seul commandant d’unité. Là encore, cette contrainte limite les possibilités d’emploi de l’unité.
En troisième lieu, on relève que l’unité PROTERRE ne dispose d’aucun armement collectif, bien que la notice sur l’entraînement des unités PROTERRE précise qu’elle peut en être dotée en fonction des circonstances. Pour autant, ce type d’armes ne figurant pas au DUO, la tendance est de ne plus s’entraîner à les mettre en œuvre et à les employer. Or, une dotation en armes collectives – ANF1 et LRAC ou AT4 – permettrait de compenser en partie le faible effectif des unités PROTERRE.
En quatrième lieu se pose le problème des véhicules : les sections d’une UIR ne disposent que de deux TRM 2000 pour trois groupes. Cette dotation indigente, outre le fait que la camionnette tactique n’assure aucune protection aux personnels, fait peser une contrainte démesurée sur la mobilité des sections. Du coup, le commandant d’unité se voit contraint de créer un échelon de transport et de déplacer ses sections une par une.
En dernier lieu, la compagnie PROTERRE n’est composée que de deux sections, défaut majeur qui réduit de manière très conséquente les options tactiques offertes au capitaine. En effet, avec deux sous-unités, le commandant d’unité est réduit à un rôle de coordinateur [ii]. Il se retrouve face à un choix binaire : soit engager ses deux sections et se passer pratiquement d’élément d’intervention (sauf à jouer sur l’articulation, mais l’élément en réserve sera de faible volume), soit engager une seule section et conserver l’autre en soutien[iii]. Ce faible nombre de possibilités de base limite la capacité d’adaptation des unités PROTERRE et ce phénomène semble ne déranger personne. On peut noter à ce sujet que les rédacteurs de la notice sur l’instruction des unités PROTERRE ont éludé le problème en proposant, au chapitre sur le combat de la compagnie, aux commandants d’unités de se reporter au combat de la section, laquelle est constituée de trois groupes !
VERS DES SOLUTIONS
Malgré ce bilan peu satisfaisant, il est possible de compenser, au moins partiellement, les défauts cités supra.
Toutes les solutions immédiatement à portée de tout capitaine commandant une UIR ont pour objectif la rentabilisation maximale des moyens existants. A ce titre, toutes les mesures de nature à atteindre cet objectif reposent sur deux piliers : l’entraînement et le choix de l’articulation.
Un des buts principaux de l’entraînement doit être d’une part de permettre aux chefs de laisser à leurs subordonnés une marge d’initiative suffisante et d’autre part d’apprendre à ces derniers à l’utiliser au profit de la réalisation de la mission.
Précisément, il s’agit d’abord de développer les compétences tactiques des cadres (commandant d’unité, officier adjoint, chefs de section et SOA, chefs de groupe) en combinant des exercices en salle – thèmes tactiques, logiciels de simulation, caisse à sable – et sur le terrain. Pour ce qui est du commandant d’unité, ces séances doivent, entre autres choses, lui donner l’habitude de manipuler un nombre variable de sections, afin de conserver ou d’acquérir la capacité à manœuvrer plus de deux sections.
Simultanément, il faut développer un lien tactique fort entre chaque chef et ses subordonnés. Ce lien, qui ne s’acquiert qu’au fil d’un long travail commun est le corollaire de la confiance qui doit exister entre chaque membre de l’unité. C’est ce lien qui permet à un subordonné – chef de section ou chef de groupe – de réagir rapidement dans le sens de l’intention du chef à une situation inopinée. C’est donc un élément clé de la capacité d’adaptation de l’unité. C’est aussi ce qui permet au chef de laisser à ses subordonnés une autonomie de plus en plus indispensable.
Par ailleurs, et toujours dans le cadre de la rentabilisation des moyens, un effort particulier est à faire en faveur de l’entraînement des groupes de combat, afin de les amener à un degré d’autonomie peu pratiqué jusqu’ici.
Pour ce faire, les activités doivent mettre l’accent sur le combat du groupe, le tir (l’ISTC), l’aguerrissement et la rusticité. De plus, il est nécessaire d’entraîner les groupes de combat à la mise en œuvre et à l’emploi des armes collectives disponibles : ANF1, LRAC, mitrailleuse de .50. En tout état de cause, et malgré les difficultés liées à l’irrégularité de la présence de certains personnels, le perfectionnement des groupes de combat des UIR doit être une priorité absolue du commandant d’unité[iv].
L’articulation est – rappelons le – fixée par le commandant d’unité pour adapter son unité à la manœuvre qu’il envisage. Une vieille habitude veut que l’on utilise l’articulation organique, ce qui simplifie les choses dès lors que l’unité dispose de suffisamment de pions (trois ou quatre). Malheureusement, les UIR PROTERRE ne sont pas dans ce cas. Or, ne pas se contenter de l’articulation organique, c’est ouvrir de nouvelles possibilités tactiques.
Et ce tout d’abord dans le domaine du soutien logistique. En la matière, il paraît indispensable de disposer d’un TC1 suffisamment bien calibré pour que l’unité dispose d’une autonomie suffisante. Chaque UIR disposant d’une section de commandement sous ESR, il faut par conséquent systématiquement inclure cette section au DUO « opérationnel » de l’UIR[v].
Ensuite dans le domaine du commandement. Comme toute unité élémentaire, les UIR disposent d’un officier adjoint. Nonobstant la structure PROTERRE, cet officier doit être engagé avec son unité, tant il est partie prenante de la capacité de commandement. Car sans adjoint au commandant d’unité, il ne peut y avoir de permanence du commandement, donc pas d’engagement sur un mode continu, sauf au prix d’une « combustion » rapide du capitaine.
Enfin en ce qui concerne l’articulation des sections de combat. En cherchant à adapter son outil aux circonstances, le commandant d’unité peut être amené à créer une troisième sous-unité. Par exemple, en retirant 1 groupe à chaque section – ce nouveau pion étant placé aux ordres d’un SOA, ou bien en coupant une section en deux, ou bien encore en retirant des trinômes à chaque section. Même si toutes ces formules ne remplacent pas une troisième section, elles peuvent permettre de disposer momentanément d’un élément de couverture, d’appui ou de recueil. Si l’unité dispose d’armes collectives, les possibilités sont plus nombreuses, allant de la constitution d’une base de feux en rassemblant au sein d’une nouvelle sous-unité tout ou partie des ANF1, à la création d’une entité anti-véhicule ou anti-blockhaus sur la base des LRAC. Dans le même ordre d’idées, on peut envisager aussi le regroupement des meilleurs tireurs au sein d’un groupe chargé d’une action particulière. En bref, il s’agit d’adapter des moyens réduits aux nécessités de la mission pour en tirer la meilleure efficacité.
Toutefois, quelque soit la créativité des commandants d’unité d’UIR, l’exercice aura tôt ou tard ses limites. C’est pourquoi l’effort de rentabilisation des moyens ne doit pas nous dispenser d’une réflexion sur la structure des UIR, leurs moyens et leur doctrine d’emploi.
QUELQUES PERSPECTIVES
Compte tenu du contexte actuel de restructuration de l’armée de terre, il semble difficile de pouvoir échapper à une remise en question des structures des UIR.
Dans ce cadre, il serait envisageable de constituer des UIR à trois ou quatre sections de combat formées de personnels sous ESR. De ce fait, ces unités pourraient être engagées sous un préavis assez court. De plus, ces unités élémentaires de réserve pourraient plus facilement qu’aujourd’hui mettre sur pied une unité PROTERRE standard, pour des engagements de type VIGIPIRATE.
Par ailleurs, les disponibles pourraient être affectés à des UIR de « deuxième réserve », opérationnelles après une mise en condition plus longue.
Ainsi, il serait possible de mettre sur pied 40 à 50 UIR de première réserve et un nombre égal d’unités de deuxième réserve. Les deux types d’unités étant de même pied et disposant de capacités valables.
En complément, il sera nécessaire de revoir l’équipement des UIR en adéquation avec des hypothèses d’emploi élargies pour anticiper les engagements futurs. Revoir les dotations en armes collectives, en moyens de transmission, en véhicules – en dotant par exemple les UIR de VAB – est un exercice qu’il faudra faire sans trop tarder.
Au-delà, l’armée de terre doit entamer une réflexion sur la doctrine d’emploi des unités de réserve, sans se limiter aux OPINT de type VIGIPIRATE, pour prendre en compte l’éventualité d’engagements plus durs.
Dans ce chantier qui s’annonce, les officiers de réserve doivent prendre toute leur place, faire part de leurs idées et de leurs expériences, afin d’arriver à des solutions optimales, dans l’intérêt de la défense de la France.
[i] Sur la notion de lien tactique, voir l’ouvrage de G. HUBIN, Perspectives tactiques
[ii] Cf. Tactique Théorique, M. YAKOVLEFF
[iii] Dans le sens de la définition donnée par M. YAKOVLEFF, « être en mesure d’appuyer ou de prendre le combat à son compte »
[iv] Aidé et soutenu par le BOI, c’est indispensable.
[v] Bien entendu, cette remarque ne vise pas les OPINT de type VIGIPIRATE.
vendredi 9 janvier 2009
LECTURES
J'ai décidé de ne pas vous asséner des voeux supplémentaires, de toute manière, les choses seront en 2009 ce que nous en ferons....
A la place, je vous propose quelques idées de lecture.
Commencons par un ouvrage d'histoire militaire: la campagne de Birmanie (1942-1945), l'armée des indes défait les japonais, par le général (2S) LESOUEF aux éditions économica. Ce livre apporte un éclairage intéressant sur la campagne de Birmanie, quelque peu méconnue. Or, elle est instructive à plus d'un titre:
- elle révèle la capacité d'adaptation de l'armée britannique, sa remise en cause, son pragmatisme et son inventivité.
- par une sorte d'effet miroir, elle montre l'incapacité des japonais à adapter leur plan d'opération et à réagir à l'imprévu.
- elle met en lumière la personnalité du Field Marshall SLIM, peu connu en Europe, et qui fut pourtant un général anglais de premier plan, à mon sens bien meilleur que Montgomery.
- elle est un exemple d'opérations sur les arrières ennemis, en particulier avec les raids du général WINGATE, manoeuvres basées sur la création de bases aéroterrestres.
Le seul reproche que je ferais à ce livre, c'est qu'il passe un peu vite sur les opérations imaginées et dirigées par le général Wingate.
Dans, un tout autre registre, le dictionnaire de géographie militaire, de Paul-David Régnier aux éditions du CNRS. Cet ouvrage explicite de nombreux aspects peu connus (ou plutôt peu vulgarisés) de la géographie militaire: économie, social, les flux et j'en passe. Et ce en restant assez synthétique et clair. Parfois déroutant, pour l'ORSEM que je suis, rodé aux synthèses terrain basées sur l'étude des cartes, mais ouvrant de nouvelles perspectives pour élargir le champs de nos analyses habituelles. Les sapeurs seront moins surpris, car le "rens milieu" est leur fond de commerce, et ils trouveront - comme je l'ai fait - des points communs.
Enfin et pour finir, je voudrais vous signaler deux très bons articles écrits par des réservistes et publiés dans le numéro 14 des cahiers du CESAT (http://www.cesat.terre.defense.gouv.fr/). L'un écrit par le CV LACCOURS, évoque la problématique de l'augmentation de nos moyens navals de projection (BPC et TCD).
L'autre, est signé du COL BON, ORSEM affecté au GIACM, et traite des opérations civilo-militaires. Il dresse un tableau exhaustif, basé sur les expériences de l'auteur en OPEX, et formule des propositions particulièrement intéressantes et pragmatiques.
Bonne lecture à tous....
A la place, je vous propose quelques idées de lecture.
Commencons par un ouvrage d'histoire militaire: la campagne de Birmanie (1942-1945), l'armée des indes défait les japonais, par le général (2S) LESOUEF aux éditions économica. Ce livre apporte un éclairage intéressant sur la campagne de Birmanie, quelque peu méconnue. Or, elle est instructive à plus d'un titre:
- elle révèle la capacité d'adaptation de l'armée britannique, sa remise en cause, son pragmatisme et son inventivité.
- par une sorte d'effet miroir, elle montre l'incapacité des japonais à adapter leur plan d'opération et à réagir à l'imprévu.
- elle met en lumière la personnalité du Field Marshall SLIM, peu connu en Europe, et qui fut pourtant un général anglais de premier plan, à mon sens bien meilleur que Montgomery.
- elle est un exemple d'opérations sur les arrières ennemis, en particulier avec les raids du général WINGATE, manoeuvres basées sur la création de bases aéroterrestres.
Le seul reproche que je ferais à ce livre, c'est qu'il passe un peu vite sur les opérations imaginées et dirigées par le général Wingate.
Dans, un tout autre registre, le dictionnaire de géographie militaire, de Paul-David Régnier aux éditions du CNRS. Cet ouvrage explicite de nombreux aspects peu connus (ou plutôt peu vulgarisés) de la géographie militaire: économie, social, les flux et j'en passe. Et ce en restant assez synthétique et clair. Parfois déroutant, pour l'ORSEM que je suis, rodé aux synthèses terrain basées sur l'étude des cartes, mais ouvrant de nouvelles perspectives pour élargir le champs de nos analyses habituelles. Les sapeurs seront moins surpris, car le "rens milieu" est leur fond de commerce, et ils trouveront - comme je l'ai fait - des points communs.
Enfin et pour finir, je voudrais vous signaler deux très bons articles écrits par des réservistes et publiés dans le numéro 14 des cahiers du CESAT (http://www.cesat.terre.defense.gouv.fr/). L'un écrit par le CV LACCOURS, évoque la problématique de l'augmentation de nos moyens navals de projection (BPC et TCD).
L'autre, est signé du COL BON, ORSEM affecté au GIACM, et traite des opérations civilo-militaires. Il dresse un tableau exhaustif, basé sur les expériences de l'auteur en OPEX, et formule des propositions particulièrement intéressantes et pragmatiques.
Bonne lecture à tous....
mardi 11 novembre 2008
11 NOVEMBRE
Ce jour du 90ème anniversaire de la fin des combats de la 1ère guerre mondiale me donne l'occasion de revenir sur ce qui fut à la fois un conflit marquant par sa brutalité et par sa pauvreté tactique. Quelles leçons pouvons nous en retenir ?
D'abord, et tout naturellement, je ne peux que rendre hommage aux combattants français, et surtout aux officiers de réserve, nos grands anciens, qui constituèrent la moitié des chefs de section et des commandants d'unité. Certes, tout a été déjà dit, et le discours du président de la République à Douaumont ce matin a souligné l'essentiel. Toutefois, il me semble important de dégager quelques qualités fondamentales dont nos soldats de 14-18 ont fait preuve.
A mon sens, elles sont au nombre de 4: l'endurance (dans le sens de la capacité à endurer des épreuves), la conscience professionnelle, la solidarité, le courage. L'endurance, car ils ont supporté à la fois des conditions de vie et de combat que probablement nous ne supporterions pas aujourd'hui. On peut bien entendu expliquer cela par la rudesse de la vie dans les campagnes d'avant 1914, mais ils n'en reste pas moins que la manière dont ils ont résisté à des conditions de vie terribles est et doit rester un modèle pour nous.
La conscience professionnelle car je suis convaincu qu'ouvriers, instituteurs, paysans, ont accompli leur tâche de soldats aussi bien qu'ils auraient réalisé leur travail quotidien. Ils nous ont montré qu'un bon soldat n'est pas "Rambo", mais que c'est un bon professionnel, qui a le souci de bien faire et d'exécuter sa mission.
La solidarité car pour tenir, pour combattre dans les conditions qui furent les leurs, pour ne pas perdre toute humanité, c'est la solidarité au sein des groupes et des sections qui a joué. Le fait de savoir que l'on n'est pas seul, que des camarades vous aideront si vous êtes blessé ou en difficulté compte pour beaucoup dans la capacité de résistance d'une unité.
Le courage, non pas celui du téméraire ou du fanfaron, mais le courage qui permet de maîtriser sa peur, car devant le déchaînement de puissance meurtrière qu'ils ont subi, ils ont démontré qu'ils savaient se maîtriser.
Je crois donc que nous devons nous servir de cet évènement pour montrer aux jeunes réservistes opérationnels l'exemple de nos anciens et la voie à suivre pour bien servir: endurance, conscience professionnelle, solidarité, courage.
Enfin, je reviens sur la pauvreté tactique de ce conflit, car en effet, peu de batailles font l'objet d'études tactiques, hormis celles de 1914 (Batailles de Guise et de la Marne) et de l'été 1918 (contre offensive française et offensive sur le front d'orient). Sans vouloir en faire une analyse fine, il me semble qu'au moins du côté français (et le sujet mériterait d'être étudié du côté allemand), cette pauvreté tactique a deux causes: le dogme de l'offensive et la difficulté à s'adapter à l'arrivée de techniques nouvelles.
On a déjà beaucoup écrit sur le principe de l'offensive à tout prix, qui en remplaçant la réflexion (mais c'est là bien naturel, l'esprit humain étant porté à la paresse, proposez lui une solution toute faite et il s'en contentera) par un principe à appliquer en permanence a stérilisé le débat tactique au sein de l'armée. Et les effets ont été, à mon avis, particulièrement dévastateurs aux petits échelons (section, compagnie, régiment). Fort heureusement, les maréchaux Foch et Pétain, par exemple, ont pu - l'un au cours du conflit, l'autre déjà avant - s'extraire de cette doctrine. Il faut principalement en retenir que nous devons rejeter toute solution tactique unique qui s'appliquerait partout. Il faut, au contraire, favoriser la réflexion, basée certes sur les fondamentaux de la doctrine mais aussi nourrie par l'instruction et l'entraînement. C'est cela et seulement cela qui nous permettra de nous adapter en trouvant des solutions pragmatiques.
Le premier conflit mondial a vu en quatre ans, la mise en application de nombreux développements techniques: aviation, gaz de combat, char d'assaut, lance flammes et bien d'autres. Or, chaque nouvelle arme modifie la physionomie du combat et nous oblige à adapter nos procédés et nos tactiques. Il me semble qu'entre 1914 et 1918, nous avons eu du mal à trouver des réponses aux problèmes posés par les armes nouvelles de notre adversaire. Ainsi, il a fallu du temps pour mettre en service des masques à gaz efficaces, pour reconstituer des batteries d'artillerie lourde qui nous faisaient défaut. Pour autant, nous avons nous aussi utilisé des armes nouvelles, mais je trouve que les allemands ont trouvé plus rapidement des parades, sans forcément que celles ci soient efficaces (premier fusil antichar en 1918). La leçon à retenir pourrait être la suivante: tout armement nouveau doit nous amener à étudier son impact éventuel sur nos procédés tactiques.
Chaque conflit nous livre son lot d'expériences à retenir: la première guerre mondiale est un sujet d'étude intéressant pour nos réservistes justement parce qu'elle est ancrée dans les mémoires.
D'abord, et tout naturellement, je ne peux que rendre hommage aux combattants français, et surtout aux officiers de réserve, nos grands anciens, qui constituèrent la moitié des chefs de section et des commandants d'unité. Certes, tout a été déjà dit, et le discours du président de la République à Douaumont ce matin a souligné l'essentiel. Toutefois, il me semble important de dégager quelques qualités fondamentales dont nos soldats de 14-18 ont fait preuve.
A mon sens, elles sont au nombre de 4: l'endurance (dans le sens de la capacité à endurer des épreuves), la conscience professionnelle, la solidarité, le courage. L'endurance, car ils ont supporté à la fois des conditions de vie et de combat que probablement nous ne supporterions pas aujourd'hui. On peut bien entendu expliquer cela par la rudesse de la vie dans les campagnes d'avant 1914, mais ils n'en reste pas moins que la manière dont ils ont résisté à des conditions de vie terribles est et doit rester un modèle pour nous.
La conscience professionnelle car je suis convaincu qu'ouvriers, instituteurs, paysans, ont accompli leur tâche de soldats aussi bien qu'ils auraient réalisé leur travail quotidien. Ils nous ont montré qu'un bon soldat n'est pas "Rambo", mais que c'est un bon professionnel, qui a le souci de bien faire et d'exécuter sa mission.
La solidarité car pour tenir, pour combattre dans les conditions qui furent les leurs, pour ne pas perdre toute humanité, c'est la solidarité au sein des groupes et des sections qui a joué. Le fait de savoir que l'on n'est pas seul, que des camarades vous aideront si vous êtes blessé ou en difficulté compte pour beaucoup dans la capacité de résistance d'une unité.
Le courage, non pas celui du téméraire ou du fanfaron, mais le courage qui permet de maîtriser sa peur, car devant le déchaînement de puissance meurtrière qu'ils ont subi, ils ont démontré qu'ils savaient se maîtriser.
Je crois donc que nous devons nous servir de cet évènement pour montrer aux jeunes réservistes opérationnels l'exemple de nos anciens et la voie à suivre pour bien servir: endurance, conscience professionnelle, solidarité, courage.
Enfin, je reviens sur la pauvreté tactique de ce conflit, car en effet, peu de batailles font l'objet d'études tactiques, hormis celles de 1914 (Batailles de Guise et de la Marne) et de l'été 1918 (contre offensive française et offensive sur le front d'orient). Sans vouloir en faire une analyse fine, il me semble qu'au moins du côté français (et le sujet mériterait d'être étudié du côté allemand), cette pauvreté tactique a deux causes: le dogme de l'offensive et la difficulté à s'adapter à l'arrivée de techniques nouvelles.
On a déjà beaucoup écrit sur le principe de l'offensive à tout prix, qui en remplaçant la réflexion (mais c'est là bien naturel, l'esprit humain étant porté à la paresse, proposez lui une solution toute faite et il s'en contentera) par un principe à appliquer en permanence a stérilisé le débat tactique au sein de l'armée. Et les effets ont été, à mon avis, particulièrement dévastateurs aux petits échelons (section, compagnie, régiment). Fort heureusement, les maréchaux Foch et Pétain, par exemple, ont pu - l'un au cours du conflit, l'autre déjà avant - s'extraire de cette doctrine. Il faut principalement en retenir que nous devons rejeter toute solution tactique unique qui s'appliquerait partout. Il faut, au contraire, favoriser la réflexion, basée certes sur les fondamentaux de la doctrine mais aussi nourrie par l'instruction et l'entraînement. C'est cela et seulement cela qui nous permettra de nous adapter en trouvant des solutions pragmatiques.
Le premier conflit mondial a vu en quatre ans, la mise en application de nombreux développements techniques: aviation, gaz de combat, char d'assaut, lance flammes et bien d'autres. Or, chaque nouvelle arme modifie la physionomie du combat et nous oblige à adapter nos procédés et nos tactiques. Il me semble qu'entre 1914 et 1918, nous avons eu du mal à trouver des réponses aux problèmes posés par les armes nouvelles de notre adversaire. Ainsi, il a fallu du temps pour mettre en service des masques à gaz efficaces, pour reconstituer des batteries d'artillerie lourde qui nous faisaient défaut. Pour autant, nous avons nous aussi utilisé des armes nouvelles, mais je trouve que les allemands ont trouvé plus rapidement des parades, sans forcément que celles ci soient efficaces (premier fusil antichar en 1918). La leçon à retenir pourrait être la suivante: tout armement nouveau doit nous amener à étudier son impact éventuel sur nos procédés tactiques.
Chaque conflit nous livre son lot d'expériences à retenir: la première guerre mondiale est un sujet d'étude intéressant pour nos réservistes justement parce qu'elle est ancrée dans les mémoires.
dimanche 26 octobre 2008
DU COMMANDEMENT DES UNITES DE MARCHE
J'ai relu l'article publié dans Valeurs Actuelles à propos de l'embuscade d'UZBIN. Un fait m'a interpelé: le journaliste relate que, pris dans l'embuscade, le chef de la section Carmin 2 a rendu compte à son commandant d'unité resté à la FOB. J'en ai déduit, que comme on pouvait le supposer à la lecture d'autre compte rendus, la colonne (une section du 8ème RPIMA, une section du RMT et deux sections de l'ANA) n'était pas placée sous les ordres d'un chef unique. On ne peut bien entendu pas affirmer que cela soit la cause des pertes que nous avons subies, mais cela a certainement ralenti la réaction de nos troupes.
Or, il n'y a pas de manoeuvre possible de quatre sous-unités sans un chef placé à leur tête. J'ai d'ailleurs pu le constater deux fois lors d'exercices menés cette année: deux sections (et à fortiori quatre) ne peuvent concevoir et conduire une action coordonnée si elles ne sont pas placées sous les ordres d'un seul chef, commandant d'unité, officier adjoint ou l'un des deux chefs de section. En effet, sans ordres, les chefs de section malgré leur bonne volonté et leur savoir faire ne peuvent manoeuvrer de manière cohérente. Par ailleurs, n'ayant pas de vision globale de la situation, et pris par le commandement de leur section, ils n'ont pas la capacité de coordonner les appuis.
Par conséquent, les tentatives des chefs de section pour mettre sur pied une action coordonnée n'obtiennent souvent que des résultats faibles et permettent à l'adversaire de gagner du temps et de développer sa propre manoeuvre. De plus, quand un chef unique a été désigné, ou quand le commandant d'unité arrive sur place, ce dernier doit prendre en compte et analyser une situation qu'il ne connaît que par des compte rendus. Il lui faut donc encore du temps pour concevoir une manoeuvre en réaction.
Au final, se dispenser d'un commandement unique, c'est se mettre en situation de laisser une part d'initiative (ou toute l'initiative) à l'ennemi. C'est donc mettre en danger la mission mais aussi les unités engagées.
Il faut donc retenir que dès que l'on forme une unité de marche ou que l'on bouleverse l'articulation d'une unité, il faut appliquer le vieux précepte:
Or, il n'y a pas de manoeuvre possible de quatre sous-unités sans un chef placé à leur tête. J'ai d'ailleurs pu le constater deux fois lors d'exercices menés cette année: deux sections (et à fortiori quatre) ne peuvent concevoir et conduire une action coordonnée si elles ne sont pas placées sous les ordres d'un seul chef, commandant d'unité, officier adjoint ou l'un des deux chefs de section. En effet, sans ordres, les chefs de section malgré leur bonne volonté et leur savoir faire ne peuvent manoeuvrer de manière cohérente. Par ailleurs, n'ayant pas de vision globale de la situation, et pris par le commandement de leur section, ils n'ont pas la capacité de coordonner les appuis.
Par conséquent, les tentatives des chefs de section pour mettre sur pied une action coordonnée n'obtiennent souvent que des résultats faibles et permettent à l'adversaire de gagner du temps et de développer sa propre manoeuvre. De plus, quand un chef unique a été désigné, ou quand le commandant d'unité arrive sur place, ce dernier doit prendre en compte et analyser une situation qu'il ne connaît que par des compte rendus. Il lui faut donc encore du temps pour concevoir une manoeuvre en réaction.
Au final, se dispenser d'un commandement unique, c'est se mettre en situation de laisser une part d'initiative (ou toute l'initiative) à l'ennemi. C'est donc mettre en danger la mission mais aussi les unités engagées.
Il faut donc retenir que dès que l'on forme une unité de marche ou que l'on bouleverse l'articulation d'une unité, il faut appliquer le vieux précepte:
UNE MISSION - UN CHEF - DES MOYENS
dimanche 12 octobre 2008
LECONS D'AFGHANISTAN
Sans vouloir ajouter aux nombreux commentaires qui ont suivi l'embuscade d'UZBIN, qu'ils soient pertinents ou complètement ineptes, je voudrais évoquer quelques points qui me semblent fondamentaux dans ce combat.
En premier lieu, il est important d'insister sur le fait qu'une embuscade convenablement montée est généralement meurtrière pour le défenseur. C'est le but recherché par l'attaquant. Comment pourrait-il en être autrement d'un procédé de combat offensif qui vise essentiellement à surprendre l'ennemi (la troupe au contact, mais aussi et surtout celui qui la commande) ? En l'occurence, je trouve que la section du 8ème RPIMA prise dans l'embuscade à fait de son mieux et a réussi à limiter les pertes. L'entraînement que ces soldats ont eu n'y est pas étranger. D'où l'intérêt de s'entraîner de façon réaliste, par un drill sans cesse renouvelé.
En deuxième lieu, et contrairement à ce que j'ai pu lire ici ou là, la reconnaissance à pied des points particuliers est une des règles de base de l'infanterie. C'est gravé dans le marbre, à tel point qu'autrefois tous les élèves officiers de réserve, quelque soit leur arme, apprenaient cela. Le chef de section n'a pas dérogé, et faisant ce qu'il devait faire, il a sauvé une partie de sa section. Ceux qui ne sont pas convaincus pourront toujours imaginer les dégâts qu'aurait produit la même embuscade contre une section embarquée dans ses quatre VAB ! Vraisemblablement, la section aurait été presqu'entièrement anéantie.
En troisième lieu, il faut souligner le fait que la section du 8ème RPIMA faisait partie d'une unité de marche, composée outre une section du RMT, de deux section afghanes. Comment ne pas imaginer les problèmes qui ne peuvent manquer d'émerger, à commencer par l'obstacle de la langue ? Comment parler de lien tactique (notion développée par le GBR(2S) HUBIN dans son ouvrage "Perspectives Tactiques" aux éditions Economica) au sein d'une telle unité de circonstance ? Evidemment, une unité de marche ne peut être aussi performante qu'une unité organique (comme l'a signalé le Général SCHMITT lors d'une interview), dont les personnels se connaissent et ont l'habitude de s'entraîner ensemble. On a d'ailleurs étonnament peu parlé du commandement de cette unité: qui en était le chef, avait-il été choisi peu avant la mission, et placé à la tête d'une troupe qu'il connaissait pas ou peu ? Si tel est le cas, je n'aurai pas aimé être à sa place.
Enfin, il est impossible de passer à côté du rôle essentiel des appuis. Comme on a pu le constater, pour venir en aide à la section fixée par les talibans, il a été nécessaire de faire intervenir des appuis aériens (CAS) et mortiers. S'agissant de ces derniers, la compagnie engagée n'en disposait pas et elle a donc du attendre l'intervention d'une section de mortiers. C'est dommageable, alors que l'unité aurait dû disposer d'un appui mortier à la disposition du commandant d'unité, donc en mesure d'intervenir sans délai. Tout commandant d'unité, fût-il de réserve, doit savoir manoeuvrer avec des appuis, quels qu'ils soient.
Je terminerai par quelques règles à l'usage des personnels des UIR (et des compléments individuels de réserve). Ces règles m'ont été inspirées par un article paru sur le blog de l'OMLT 3 (le blog de Merlin http://omlt3-kdk3.over-blog.com/). Je remercie d'ailleurs au passage le camarade qui a écrit cet article.
En premier lieu, il est important d'insister sur le fait qu'une embuscade convenablement montée est généralement meurtrière pour le défenseur. C'est le but recherché par l'attaquant. Comment pourrait-il en être autrement d'un procédé de combat offensif qui vise essentiellement à surprendre l'ennemi (la troupe au contact, mais aussi et surtout celui qui la commande) ? En l'occurence, je trouve que la section du 8ème RPIMA prise dans l'embuscade à fait de son mieux et a réussi à limiter les pertes. L'entraînement que ces soldats ont eu n'y est pas étranger. D'où l'intérêt de s'entraîner de façon réaliste, par un drill sans cesse renouvelé.
En deuxième lieu, et contrairement à ce que j'ai pu lire ici ou là, la reconnaissance à pied des points particuliers est une des règles de base de l'infanterie. C'est gravé dans le marbre, à tel point qu'autrefois tous les élèves officiers de réserve, quelque soit leur arme, apprenaient cela. Le chef de section n'a pas dérogé, et faisant ce qu'il devait faire, il a sauvé une partie de sa section. Ceux qui ne sont pas convaincus pourront toujours imaginer les dégâts qu'aurait produit la même embuscade contre une section embarquée dans ses quatre VAB ! Vraisemblablement, la section aurait été presqu'entièrement anéantie.
En troisième lieu, il faut souligner le fait que la section du 8ème RPIMA faisait partie d'une unité de marche, composée outre une section du RMT, de deux section afghanes. Comment ne pas imaginer les problèmes qui ne peuvent manquer d'émerger, à commencer par l'obstacle de la langue ? Comment parler de lien tactique (notion développée par le GBR(2S) HUBIN dans son ouvrage "Perspectives Tactiques" aux éditions Economica) au sein d'une telle unité de circonstance ? Evidemment, une unité de marche ne peut être aussi performante qu'une unité organique (comme l'a signalé le Général SCHMITT lors d'une interview), dont les personnels se connaissent et ont l'habitude de s'entraîner ensemble. On a d'ailleurs étonnament peu parlé du commandement de cette unité: qui en était le chef, avait-il été choisi peu avant la mission, et placé à la tête d'une troupe qu'il connaissait pas ou peu ? Si tel est le cas, je n'aurai pas aimé être à sa place.
Enfin, il est impossible de passer à côté du rôle essentiel des appuis. Comme on a pu le constater, pour venir en aide à la section fixée par les talibans, il a été nécessaire de faire intervenir des appuis aériens (CAS) et mortiers. S'agissant de ces derniers, la compagnie engagée n'en disposait pas et elle a donc du attendre l'intervention d'une section de mortiers. C'est dommageable, alors que l'unité aurait dû disposer d'un appui mortier à la disposition du commandant d'unité, donc en mesure d'intervenir sans délai. Tout commandant d'unité, fût-il de réserve, doit savoir manoeuvrer avec des appuis, quels qu'ils soient.
Je terminerai par quelques règles à l'usage des personnels des UIR (et des compléments individuels de réserve). Ces règles m'ont été inspirées par un article paru sur le blog de l'OMLT 3 (le blog de Merlin http://omlt3-kdk3.over-blog.com/). Je remercie d'ailleurs au passage le camarade qui a écrit cet article.
- Je maîtrise la mise en oeuvre des postes radio de ma section et de ma compagnie
- Je connais le N° de téléphone portable de mon chef et de mes subordonnés
- Je mets dans ma musette de combat ce qui doit y être, sans rien enlever
- Je porte mon casque quand il le faut, aussi longtemps qu'il faut sans maugréer
- Je connais les 4 rubriques qui composent un compte rendu
- Je suis toujours à l'heure avec 10 minutes d'avance
- J'ai toujours la liaison avec mon groupe
- J'ai toujours la liaison avec mon chef
- Avec ce qu'il y a dans mon sac de vie en campagne, je peux durer
- Je participe à mon niveau à l'élaboration de la manoeuvre
- J'exécute les ordres simples sans chercher à les discuter parce qu'ils ne m'arrangent pas
- Je suis au service de ma compagnie, qui est aussi à mon service. Tous pour un, un pour tous.
- Je ne quitte jamais mon arme
- Je suis propre, en tenue, rasé de près pour faire honneur à ma compagnie et à mon régiment
- De nuit, j'utilise uniquement la lumière rouge ou les JVN
- Je n'ai de cesse de me remettre en question, pour avoir la certitude d'être prêt
- Je sais mettre en oeuvre et piloter les véhicules de ma compagnie
- Je sais servir toutes les armes de mon unité
- Je connais les gestes de premiers secours élargis aux besoins des conflits armés
- La dispersion sur le terrain reste un gage de longévité face aux tirs d'artillerie et de roquettes.
- Je dois accepter les remarques, non qu'elles soient faites pour me blesser, mais pour me faire progresser
- La manoeuvre la plus basique repose sur l'appui, la couverture, le débordement et l'assaut.
JE NE CONNAIS NI LE LIEU NI L'HEURE, MAIS JE FAIS MON POSSIBLE POUR ETRE PRET.
jeudi 2 octobre 2008
NOUVEAUTES A LIRE
Le CDEF vient de publier sur son site (http://www.cdef.terre.defense.gouv.fr/) deux ouvrages à lire:
- FT 02 TACTIQUE GENERALE, qui vient compléter le manuel FT 01
- Les actes du séminaire de tactique 2006 "Tactique classique - opérations d'aujourd'hui"
Deux documents à lire, afin de se tenir au courant des évolutions doctrinales de l'armée de terre. Chose essentielle, si nous, réservistes, voulons continuer à participer aux évolutions de notre armée, et en particulier au débat doctrinal.
Bonne lecture.... Et n'hésitez pas à faire part de vos réflexions sur le sujet !
lundi 29 septembre 2008
JOURNEE NATIONALE DU RESERVISTE
Eh bien voilà, la journée nationale du réserviste 2008 est passée. Il me semble d'ailleurs qu'elle est passée un peu inaperçue dans les médias. Dommage ! Tant d'efforts pour nous faire connaître, faire connaître notre rôle et nos valeurs, pour si peu de retombées...
A Metz, la JNR a duré en fait trois jours et a pris ses quartiers dans la foire internationale de Metz. Notre régiment a organisé samedi et dimanche un exercice "carré vert" d'entraînement des cadres de l'UIR. Nous avons donc installé sur la zone des armées une tente PC ANIHAUT, un camion PC d'unité (et station trans), et une tente pour les chefs de section. Le tout protégé par un groupe de combat patrouillant sur la zone, comme pour une mission vigipirate ! En tout, 27 personnels engagés. Nous avons été le seul régiment de Metz à engager autant de moyens. Bel effort, d'autant plus que nous projetons une section en OPINT (vigipirate) au mois d'octobre ! Les questions du public ont été nombreuses, surtout pour les sapeurs du groupe de combat. Le SIRPA a pu en profiter pour interviewer sur le car podium de nombreux réservistes de l'UIR. Et puis, le samedi, nous avons profité de l'occasion pour remettre son galon de sous-lieutenant au SGT R., qui est le premier officier de réserve du régiment a avoir fait le parcours complet des réservistes issus directement du civil.
Pour ce qui est de l'exercice, le rythme a été quelque peu ralenti par les contraintes de coordination avec le SIRPA, car nous avions décidé de rendre public les mission brief, backbrief et autres points de situation. Le public n'a jamais été très nombreux, car ce n'est ni spectaculaire ni très compréhensible (jargon militaire oblige). Par contre, les séquences de démonstration de démontage remontage du FAMAS organisées par l'ADC J. et le CCH T. ont attiré un public conséquent. Globalement, les enseignements sont positifs, le CDU et les chefs de section ont pu progresser sur des thèmes comme l'analyse de la mission, la rédaction des ordres, les procédures logistiques.
Au final, le bilan est positif, et c'est ce qui importe.
Rendez vous l'année prochaine, pour une autre journée nationale du réserviste.
A Metz, la JNR a duré en fait trois jours et a pris ses quartiers dans la foire internationale de Metz. Notre régiment a organisé samedi et dimanche un exercice "carré vert" d'entraînement des cadres de l'UIR. Nous avons donc installé sur la zone des armées une tente PC ANIHAUT, un camion PC d'unité (et station trans), et une tente pour les chefs de section. Le tout protégé par un groupe de combat patrouillant sur la zone, comme pour une mission vigipirate ! En tout, 27 personnels engagés. Nous avons été le seul régiment de Metz à engager autant de moyens. Bel effort, d'autant plus que nous projetons une section en OPINT (vigipirate) au mois d'octobre ! Les questions du public ont été nombreuses, surtout pour les sapeurs du groupe de combat. Le SIRPA a pu en profiter pour interviewer sur le car podium de nombreux réservistes de l'UIR. Et puis, le samedi, nous avons profité de l'occasion pour remettre son galon de sous-lieutenant au SGT R., qui est le premier officier de réserve du régiment a avoir fait le parcours complet des réservistes issus directement du civil.
Pour ce qui est de l'exercice, le rythme a été quelque peu ralenti par les contraintes de coordination avec le SIRPA, car nous avions décidé de rendre public les mission brief, backbrief et autres points de situation. Le public n'a jamais été très nombreux, car ce n'est ni spectaculaire ni très compréhensible (jargon militaire oblige). Par contre, les séquences de démonstration de démontage remontage du FAMAS organisées par l'ADC J. et le CCH T. ont attiré un public conséquent. Globalement, les enseignements sont positifs, le CDU et les chefs de section ont pu progresser sur des thèmes comme l'analyse de la mission, la rédaction des ordres, les procédures logistiques.
Au final, le bilan est positif, et c'est ce qui importe.
Rendez vous l'année prochaine, pour une autre journée nationale du réserviste.
samedi 20 septembre 2008
RESTRUCTURATION: SUITE.....
Pris par la préparation de la participation à la JNR des réservistes de mon régiment, je n'ai guère eu le temps d'écrire cette semaine. Mais ça y est, je me suis décidé à vous faire part des dernières informations en ma possession concernant le devenir des réservistes servant dans des régiments promis à la dissolution ou au changement de garnison.
Tout d'abord, malgré des informations qui ont circulé, il est maintenant certain que seuls les régiments touchés par la restructuration en 2009 ne peuvent plus recruter de réservistes. Les autres - ceux touchés en 2010 et après - doivent continuer à recruter et à former des réservistes !
Ensuite, vous savez peut-être déjà que les DRH de nos régiments sont chargés d'enquêter sur les désidératas de "mutation" des réservistes. Les commandants d'unité ont déjà reçu les formulaires et l'ordre de conduire des entretiens sur le sujet avec leurs personnels. Cette mesure est vraisemblablement destinée à conforter le plan de réaffectation des UIR/USR concocté par la DPMAT. Ce plan existe, mais il n'est pas définitif car il n'intègre pas ni les désidératas des personnels ni les possibilités des régiments d'accueil (locaux, armurerie, zone technique). A titre d'exemple, je me permets de citer le XXème RT, proche de Metz, qui n'est semble-t-il pas en mesure d'accueillir une deuxième UIR faute de place: son quartier, en plein centre ville est effectivement très exigu.
Aussi, je crois que les OAR et plus largement tous les officiers de réserve des régiments concernés doivent réfléchir au devenir de leur(s) UIR/USR, et proposer à leur RT des solutions concrètes et argumentées. En effet, connaissant nos personnels et notre région (y compris sur le plan des infrastructures militaires), nous sommes les mieux placés pour juger de la pertinence du projet de la DPMAT.
Bien évidemment, les RT traiteront en priorité le cas des régiments dissouts ou déplacés en 2009. Je pense donc que ceux touchés ultérieurement disposent d'encore un peu de temps.
Pour ma part, je considère que les intentions du commandement vont plutôt dans le bon sens. Pour autant, je crois que nous devons rester très vigilants et que surtout nous ne devons pas manquer le rendez vous du dialogue de commandement qui s'annonce.
En attendant, il faut absolument poursuivre et intensifier l'entraînement des unités de réserve.
Tout d'abord, malgré des informations qui ont circulé, il est maintenant certain que seuls les régiments touchés par la restructuration en 2009 ne peuvent plus recruter de réservistes. Les autres - ceux touchés en 2010 et après - doivent continuer à recruter et à former des réservistes !
Ensuite, vous savez peut-être déjà que les DRH de nos régiments sont chargés d'enquêter sur les désidératas de "mutation" des réservistes. Les commandants d'unité ont déjà reçu les formulaires et l'ordre de conduire des entretiens sur le sujet avec leurs personnels. Cette mesure est vraisemblablement destinée à conforter le plan de réaffectation des UIR/USR concocté par la DPMAT. Ce plan existe, mais il n'est pas définitif car il n'intègre pas ni les désidératas des personnels ni les possibilités des régiments d'accueil (locaux, armurerie, zone technique). A titre d'exemple, je me permets de citer le XXème RT, proche de Metz, qui n'est semble-t-il pas en mesure d'accueillir une deuxième UIR faute de place: son quartier, en plein centre ville est effectivement très exigu.
Aussi, je crois que les OAR et plus largement tous les officiers de réserve des régiments concernés doivent réfléchir au devenir de leur(s) UIR/USR, et proposer à leur RT des solutions concrètes et argumentées. En effet, connaissant nos personnels et notre région (y compris sur le plan des infrastructures militaires), nous sommes les mieux placés pour juger de la pertinence du projet de la DPMAT.
Bien évidemment, les RT traiteront en priorité le cas des régiments dissouts ou déplacés en 2009. Je pense donc que ceux touchés ultérieurement disposent d'encore un peu de temps.
Pour ma part, je considère que les intentions du commandement vont plutôt dans le bon sens. Pour autant, je crois que nous devons rester très vigilants et que surtout nous ne devons pas manquer le rendez vous du dialogue de commandement qui s'annonce.
En attendant, il faut absolument poursuivre et intensifier l'entraînement des unités de réserve.
samedi 13 septembre 2008
RESTRUCTURATION DES ARMEES
Tous les réservistes opérationnels dont le régiment ou l'état-major d'affectation est touché par la nouvelle carte militaire (dissolution ou déménagement) sont évidemment désappointés.
En effet, je crois que si la plupart d'entre nous, et principalement ceux qui servent dans un corps de troupe, sentaient bien qu'une réforme visant en particulier à regrouper des unités pour faire des économies sur le soutien était nécessaire, les annonces du 24 juillet dernier ont rendu la réforme incompréhensible. Par exemple, comment doit on interpréter le fait qu'une ville comme Metz, qui pouvait fort logiquement prétendre à être une base de défense importante, va en réalité se retrouver sans réelle présence militaire, alors que dans le même temps, des villes comme Chaumont ou Charleville-Mézières seront des bases de défenses avec un seul régiment ? Comment expliquer que la Brigade de Renseignement est regroupée (partiellement) en Alsace et non à Metz où se trouve déjà son état-major et le GRI ? Je crains que nous n'ayons jamais les vraies réponses.
Nos camarades affectés dans des régiments stationnés en Alsace ont eu de la chance: toutes les unités dissoutes seront remplacées par d'autres. Je pense en particulier à ceux des 1er RG, 12ème RA, et de la Brigade du Génie. C'est très bien.
Mais il reste ceux dont le régiment change de garnison ou est dissout. Certains d'entre eux (et je fais partie de ceux là) ont connu par le passé les dissolutions des régiments de réserve entre 1997 et 1999. Je sais que comme moi ils sont inquiets parce que nous savons que nous perdons des réservistes à ces occasions, et en d'autant plus grand nombre si les dissolutions sont mal gérées par le commandement. En tout cas, c'est ma crainte.
Je redoute cette perte d'effectifs car le commandement a communiqué de manière très superficielle en direction des réservistes touchés par les restructurations. Pour résumer, je dirai que ce fut une communication d'un autre âge du style "Confiance, on les aura !". Cela n'est pas de nature à répondre aux inquiétudes légitimes de nos personnels, surtout à celles des plus jeunes, qui sont aussi ceux à fidéliser en priorité. Il manque l'essentiel, qui est la réponse à cette simple question: que va devenir ma compagnie ou mon escadron ? Les réservistes ont besoin d'être rassurés. Et comme rien n'a été fait dans ce sens, on commence à voir apparaître, ça et là, les marques d'un individualisme déplacé qui nuisent à la cohésion des UIR.
Je redoute aussi la perte d'effectifs liée à la dispersion des personnels d'une unité. Au sein d'une UIR (USR), les réservistes servent avec des gens qu'ils apprécient. Comme dans l'active, au sein d'un groupe, d'une section ou de l'unité, se tissent des liens d'estime et d'amitié. Dissoudre une UIR, c'est courir le risque de voir certains, éloignés de leurs camarades et amis, renoncer à servir. Risque qui est d'ailleurs très probable.
Dans mon régiment, dès l'annonce de la dissolution, et sitôt passé le découragement, nous avons, avec notre OAR (Officier Adjoint Réserve, mon camarade et ami le LCL B.) décidé de tout mettre en oeuvre pour que notre UIR soit transférée dans un autre régiment en unité constituée. Nous souhaitons que cette unité soit stationnée à Metz: le corps de soutien de la RTNE. Nous pensons qu'il est très important de conserver une UIR au coeur du bassin de recrutement de Metz. De plus, outre le fait que dans d'autres régions des corps de soutien de RT disposent d'une UIR, nous estimons qu'il y a de nombreuses synergies possibles réserve - active au sein de ce type de corps.
Les premiers contacts pris avec le bureau réserve de la RT indiquent que pour l'instant, si aucune mesure n'est encore arrêtée, le commandement souhaite plutôt transférer les UIR et USR touchées par les restructurations vers d'autres structures d'accueil. Se pose là le problème de la distance, car des régions entières n'auront pas d'autre présence militaire que la Gendarmerie. Il est en effet très difficile de faire faire 300 km à des réservistes pour suivre un entraînement le week end sachant que le risque d'accident au retour - la fatigue aidant - sera important. Verra-t-on dans ce cas, des unités entière transférées dans la Gendarmerie (EGM de réserve) ?
Il nous faut donc garder espoir et surtout faire valoir nos aspirations et les contraintes propres aux réservistes, afin de faire en sorte que chacun d'entre nous puisse continuer à servir dans de bonnes conditions.
En effet, je crois que si la plupart d'entre nous, et principalement ceux qui servent dans un corps de troupe, sentaient bien qu'une réforme visant en particulier à regrouper des unités pour faire des économies sur le soutien était nécessaire, les annonces du 24 juillet dernier ont rendu la réforme incompréhensible. Par exemple, comment doit on interpréter le fait qu'une ville comme Metz, qui pouvait fort logiquement prétendre à être une base de défense importante, va en réalité se retrouver sans réelle présence militaire, alors que dans le même temps, des villes comme Chaumont ou Charleville-Mézières seront des bases de défenses avec un seul régiment ? Comment expliquer que la Brigade de Renseignement est regroupée (partiellement) en Alsace et non à Metz où se trouve déjà son état-major et le GRI ? Je crains que nous n'ayons jamais les vraies réponses.
Nos camarades affectés dans des régiments stationnés en Alsace ont eu de la chance: toutes les unités dissoutes seront remplacées par d'autres. Je pense en particulier à ceux des 1er RG, 12ème RA, et de la Brigade du Génie. C'est très bien.
Mais il reste ceux dont le régiment change de garnison ou est dissout. Certains d'entre eux (et je fais partie de ceux là) ont connu par le passé les dissolutions des régiments de réserve entre 1997 et 1999. Je sais que comme moi ils sont inquiets parce que nous savons que nous perdons des réservistes à ces occasions, et en d'autant plus grand nombre si les dissolutions sont mal gérées par le commandement. En tout cas, c'est ma crainte.
Je redoute cette perte d'effectifs car le commandement a communiqué de manière très superficielle en direction des réservistes touchés par les restructurations. Pour résumer, je dirai que ce fut une communication d'un autre âge du style "Confiance, on les aura !". Cela n'est pas de nature à répondre aux inquiétudes légitimes de nos personnels, surtout à celles des plus jeunes, qui sont aussi ceux à fidéliser en priorité. Il manque l'essentiel, qui est la réponse à cette simple question: que va devenir ma compagnie ou mon escadron ? Les réservistes ont besoin d'être rassurés. Et comme rien n'a été fait dans ce sens, on commence à voir apparaître, ça et là, les marques d'un individualisme déplacé qui nuisent à la cohésion des UIR.
Je redoute aussi la perte d'effectifs liée à la dispersion des personnels d'une unité. Au sein d'une UIR (USR), les réservistes servent avec des gens qu'ils apprécient. Comme dans l'active, au sein d'un groupe, d'une section ou de l'unité, se tissent des liens d'estime et d'amitié. Dissoudre une UIR, c'est courir le risque de voir certains, éloignés de leurs camarades et amis, renoncer à servir. Risque qui est d'ailleurs très probable.
Dans mon régiment, dès l'annonce de la dissolution, et sitôt passé le découragement, nous avons, avec notre OAR (Officier Adjoint Réserve, mon camarade et ami le LCL B.) décidé de tout mettre en oeuvre pour que notre UIR soit transférée dans un autre régiment en unité constituée. Nous souhaitons que cette unité soit stationnée à Metz: le corps de soutien de la RTNE. Nous pensons qu'il est très important de conserver une UIR au coeur du bassin de recrutement de Metz. De plus, outre le fait que dans d'autres régions des corps de soutien de RT disposent d'une UIR, nous estimons qu'il y a de nombreuses synergies possibles réserve - active au sein de ce type de corps.
Les premiers contacts pris avec le bureau réserve de la RT indiquent que pour l'instant, si aucune mesure n'est encore arrêtée, le commandement souhaite plutôt transférer les UIR et USR touchées par les restructurations vers d'autres structures d'accueil. Se pose là le problème de la distance, car des régions entières n'auront pas d'autre présence militaire que la Gendarmerie. Il est en effet très difficile de faire faire 300 km à des réservistes pour suivre un entraînement le week end sachant que le risque d'accident au retour - la fatigue aidant - sera important. Verra-t-on dans ce cas, des unités entière transférées dans la Gendarmerie (EGM de réserve) ?
Il nous faut donc garder espoir et surtout faire valoir nos aspirations et les contraintes propres aux réservistes, afin de faire en sorte que chacun d'entre nous puisse continuer à servir dans de bonnes conditions.
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